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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 17:00
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Article placé le 07 jan 2011, par Mecanopolis

Depuis leur reconnaissance par l’ONU en 1948, la place occupée par les ONG, sur le plan médiatique ou l’inconscient collectif, induit une méconnaissance des véritables enjeux qu’elles soulèvent de fait. Ainsi, le statut juridique et associatif des ONG devrait donner à réfléchir quant au rôle majeur joué dans la prise de décisions internationales.

 

 

 

Les ONG prétendent notamment instruire une forme de contre-pouvoir, qu’elles exerceraient via un dialogue continu avec les forces politiques et économiques. Face à la violence de la mondialisation et ses conséquences désastreuses, la solidarité internationale ne peut naturellement que jouir d’une image collectivement perçue comme positive. Mais, de par leur collaboration avec différents systèmes de coopération internationale, elles sont de fait intégrées à la globalisation. Elles participent notamment aux sommets des Nations unies dont le fonctionnement repose sur une architecture plus que discutable. En effet, le Conseil de sécurité de l’ONU et le Tribunal pénal international sont contrôlés par les États-Unis et leurs alliés, grâce aux invraisemblables droits de veto dont ils disposent. Ce qui permet l’accaparement de la guerre en l’excluant de tout débat démocratique, mais aussi de fixer les règles de sa légalité. Du point de vue de leur immersion dans ce système de domination onusienne, elles ne peuvent donc pas être considérées comme un contre-pouvoir mais plutôt comme un adjoint du pouvoir.

Un nouveau mercenariat international

Il est donc tout à fait logique qu’en période de globalisation accrue les ONG ne s’opposent pas aux principes légaux de l’organisation mondialiste à laquelle elles doivent tout ou presque. Bien au contraire, elles adoubent ces règles, tout en sachant qu’elles ordonnent inévitablement une politique internationale précarisée par l’hégémonie d’un monde unipolaire. Avec plus de distance, il est évident que les Nations unies tendent à imposer la globalisation, car la survie de cette organisation – laquelle a finalement assez peu empêché de guerres, au regard de toutes celles qu’elle a laissées se perpétrer au mépris du droit international – en dépend, et réciproquement.

Pareillement, on pouvait penser que la surreprésentation de la société civile et sa prétention à une reconnaissance de plus en plus accrue, auraient pu aboutir à une sorte d’auto-institutionnalisation, son indéniable présence sur le terrain lui ayant permis d’entrer de « force » dans les institutions politiques. En réalité, il ne s’agit que d’ajustements au sein d’un système cooptant ses différents représentants afin d’entretenir une progression illimitée de la globalisation (1).

En ce qui concerne le caractère « apolitique » des ONG, il est en effet « anormal », puisque ne procédant en rien de l’organisation des gouvernements traditionnels. En effet, ces organisations transnationales ne sont ni élues, ni théoriquement affiliées à des orientations politiques. Pourtant, elles ont la capacité de pousser leurs idées et les préconisations qui en découlent lors des sommets internationaux. Cette particularité entraîne une imprécision, aussi bien concernant leur objectif, que leur constitution.

Ainsi, le Conseil économique et social des Nations unies, chargé d’accréditer les OSC (Organismes de la Société civile) par l’intermédiaire du Département des ONG, met sur le même plan des organismes qui n’ont officiellement pas les mêmes objectifs. On y trouve aussi bien la Fondation Ford (qui est un paravent de la CIA) ; des associations dites citoyennes comme ATTAC ; des ONG de solidarité internationale comme Action contre la faim ; des syndicats patronaux comme la Business Roundtable (2) ; des instituts et think-tanks tel le Club de Rome ; etc. Cette extension du sens communément accepté des ONG jette un flou considérable sur leurs objectifs : tantôt venir en aide à des populations et proposer des régulations de l’économie mondialisée (ce qui est le cas d’Action contre la faim et d’ATTAC) ; tantôt représenter cette même économie et/ou servir les intérêts d’un ou de plusieurs États (ce que font la Fondation Ford, la Business Roundtable et le Club de Rome).

Toujours critiquer la forme, mais jamais le fond

Lors du récent sommet de Copenhague, nous avons pu assister à l’explosion du nombre des ONG, et à une avancée considérable de leur capacité à faire connaître leur(s) opinion(s).Comme dans le cas des Nations unies, aucune d’entre elles n’a critiqué le fond de ce sommet, alors qu’il ne repose ni sur un consensus scientifique international, ni sur une véritable coopération des nations. Ce sommet avait simplement pour objectif d’aboutir à de nouvelles règles « écologiques » internationales, voire mondiales, cela afin de contenir le développement industriel des pays émergents qui seront les puissances de demain. En particulier celui de la Chine, nation que les États-Unis ne souhaitent pas voir défier leur hégémonie en plein essoufflement. Là où les ONG furent donc « utiles » c’est dans leur soutien indéfectible à la tenue de ce sommet et dans le travail effectué en amont et visant à définir les perspectives énergétiques d’avenir. Perspectives qui envisagent ouvertement la création d’un ministère mondial de l’écologie.

« L’échec de Copenhague » – pour reprendre l’expression d’une grande partie de la société civile – n’est donc que virtuel de ce point de vue. De plus, depuis la fin du sommet, de grandes opération, dont les conséquences seront semblables à celles attendues au sommet de Copenhague, ont été lancées. C’est notamment le cas de la Robin Hood Tax, initiative poussée, entre autres, par Georges Soros et Warren Buffet. Son objectif est la mise en place d’une taxe sur les transactions bancaires pour lutter contre le réchauffement climatique. Ce projet est soutenu par les centaines d’ONG qui déclaraient quelques semaines auparavant qu’elles avaient assisté au naufrage de la cause écologique lors d’un sommet qui n’avait mené à rien de concret. Mais surtout, cette idée, si elle aboutit, entraînera forcément une aggravation de la globalisation via les règles qu’elle fixera unilatéralement. Pourtant, la réalité industrielle est différente pour chaque État, en particulier pour les pays émergents dont le développement repose en grande partie sur leur capacité à déployer un arsenal industriel.

Mais selon les règles que veulent imposer le G20 et ses ONG alliées, cela provoquerait des émissions de CO2, ce qui n’est évidemment pas acceptable, et cela bien que le socle scientifique de la théorie du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) en soit encore à l’état spéculatif.

Des ONG bien mieux organisées qu’Al-Qaeda

Le point de ralliement des ONG au système de domination est donc contenu dans sa composante la plus essentielle : maintenir un monde unipolaire. Par conséquent, et afin d’exporter les règles et principes du système de domination mondiale, les ONG tout comme le Marché, se doivent d’être transnationales et/ou internationales. Elles disposent de bureaux dans l’extrême majorité des nations du monde et font remonter leurs travaux, études et expertises auprès des véritables architectes de la globalisation dont elles sont, de fait, un des principaux vecteurs.

Elles ne font que s’aligner sur le système qui les chapeaute et servent de porte-paroles à une opposition fantasmée par les médias vassaux de la globalisation. Elles ne sont donc ni un contre-pouvoir, ni un outil de régulation démocratique. Il ne s’agit pas simplement d’une institutionnalisation de l’apolitique mais surtout d’une normalisation des circuits du système de gouvernance mondiale.

 

 

 

Luc Minelli et Julien Teil, pour FLASH

Publié  sur Mecanopolis avec l’aimable autorisation de Jean-Emile Néaumet, directeur de la rédaction.

Reproduction libre avec indication des sources

(1) L’institutionnalisation de la société civile, Thibault Le Texier, Janvier 2010.

(2) La Business Roundable a été fondée par de grands groupes économiques américains en 1972

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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 16:58

Article placé le 06 jan 2011, par Mecanopolis

 

 

 

 

 

 

 

 

Les relations franco-américaines ? L’un des vecteurs de la globalisation et, pire que tout, l’un de ses verrous. En effet, la construction européenne, Cheval de Troie de la gouvernance mondiale, n’aurait pas pu arriver là où elle en est sans la collaboration de la France. Dur à admettre, mais c’est ainsi…

 

 

 

L’histoire de la France et les possibles alliances stratégiques qu’elle pourrait initier sur la scène internationale sont telles que sa neutralisation a de longue date été prioritaire. Cette mise en quarantaine, nécessaire pour le processus globalisant, est exponentielle depuis son intégration dans l’Europe. Les États-Unis, quant à eux, ont incorporé une dimension humanitaire à toute entreprise expansionniste depuis la fin de la Seconde guerre mondiale avec le Plan Marshall. Cette stratégie leur a permis de compenser les « dégâts collatéraux » de leurs expéditions militaires par des bénéfices médiatiques et politiques. Ce qui explique que les relations franco-américaines d’après-guerre révèlent un flagrant ajustement de certaines ONG avec les volontés expansionnistes des États-Unis.

 

Dans le cadre du Plan Marshall, outre la contribution financière à la reconstruction de l’Europe, une ONG est alors créée : CARE(1), qui devient plus tard CARE International. Des colis alimentaires sont gracieusement distribués par l’ONG dans les pays européens dévastés par la guerre. En France, les fonds du Plan Marshall sont administrés par le Commissariat général au Plan, où officie Jean Guyot. Puis ce dernier occupe le poste de Directeur financier de la CECA (Communauté européenne du Charbon et de l’Acier) – l’ancêtre de l’actuelle Union européenne – sous la direction de Jean Monnet. Ce dernier en démissionne en 1954 pour prendre la tête du Comité d’action pour les États-Unis d’Europe. Jean Guyot entre ensuite chez Lazard dont il est associé-gérant pendant près de cinquante ans et où il participe à la renommée internationale de la banque. En 1983, il crée le bureau français de l’ONG Care, qui est actuellement présidée par Arielle de Rothschild.

Les États-Unis affirment donc, dès la fin de la Seconde guerre mondiale, le besoin de camoufler leurs ambitions impériales en employant des moyens subversifs. Cette nécessité se fait de plus en plus grande durant la Guerre froide : jusqu’en 1969, Charles de Gaulle est au pouvoir et résiste aux pressions américaines en refusant tant qu’il peut la construction d’une Europe inféodée aux intérêts américains. Il ira même jusqu’à proposer à Willy Brandt le développement d’un projet européen alternatif à celui de la Maison Blanche. Au lendemain de la chute du Général, la France est alors à la fois dans l’orbite des États-Unis et dans l’incapacité de répondre à leurs tentatives de cooptation.

La porte est donc entièrement ouverte, ce qui permet à certains personnages de collaborer étroitement avec les États-Unis. Afin de coaliser opinion publique et forces politico-économiques en faveur d’une construction européenne américano-centrée, ces derniers créent de nombreux think-tanks, ONG qui, de plus, assurent le bon fonctionnement des relations franco-américaines.

• La Fondation Franco-américaine est officialisée en 1976 par le président Ford et son homologue français Valéry Giscard d’Estaing en est l’icône la plus voyante. Elle œuvre ouvertement pour « enrichir les relations franco-américaines et encourager un dialogue actif entre les deux nations »(2). C’est notamment grâce au soutien de Thierry de Montbrial (3) et de Jean Louis Gergorin, que la création du bureau français de cette fondation devient possible. Elle est aujourd’hui financée par la Banque Lazard : un des architectes – sinon l’architecte principal – des relations franco-américaines d’après-guerre. Pour saluer son engagement, Michel-David Weill recevra le prix Benjamin Franklyn de la Fondation franco-américaine en 2003, prix qui récompense « une personne qui, à travers sa vie, a œuvré à l’amélioration des relations entre la France et les États-Unis ». On ne peut faire plus clair.

• Michel David Weill règne en grand patron de Lazard de 1970 à 2001, période pendant laquelle il signe le chèque permettant la création du bureau américain de l’ONG française Action contre la faim. Cette association humanitaire est fondée en 1979 sous le nom d’AICF (Action internationale contre la faim) par un groupe d’intellectuels français.

Parmi les plus actifs, on y trouve : Jacques Attali, Bernard Henri-Lévy ; Guy Sorman (qui entre en tant que Young leader(4) de la fondation franco-américaine trois ans plus tard ; Marc Ullmann (qui officie sous la direction de Jean Monnet à la CECA avant d’entrer au CSIS (5) (sous la direction d’Henry Kissinger) ; Marek Halter (qui fonde ensuite SOS-Racisme avec Bernard- Henri Lévy et avec qui il se rend en Afghanistan en 1980 pour le compte d’AICF). AICF est donc fondée par un groupe d’individus ayant avalisé la politique américaine pendant et au-delà de la Guerre Froide.

ONG/CIA : mariage d’amour et de raison…

Puis l’AICF persiste dans la défense des intérêts américains, se rendant en 1980 à la frontière afghano-pakistanaise où l’ISI, les services secrets pakistanais, recrutent les combattants afghans pour le compte de la CIA. La guerre sale imaginée par Zbigniew Brzezinski, qui consiste à offrir à l’armée soviétique sa « Guerre du Vietnam » en attirant les Russes dans le bourbier afghan, provoquera la mort de près d’un million d’Afghans. Mais le discours médiatique d’Action contre la faim permet de minimiser les conséquences d’un conflit américano-soviétique dont les Moudjahiddines sont les premières victimes et les Occidentaux les idiots plus ou moins consentants. Par ailleurs, il s’agit évidemment de soutenir la doctrine de guerre américaine consistant à présenter la situation de la manière la plus subversive possible.

Comme le rappelle d’ailleurs Olivier Roy, un membre du fameux groupe d’intellectuels français fondateur d’AICF en 1979, dans une interview récente : « En août 1980, je forçais avec un âne et quelques porteurs le blocus russe en Afghanistan pour faire passer une aide humanitaire dérisoire. L’opération Caravanes pour l’Afghanistan. Une opération qui avait été organisée par Bernard-Henri Lévy, lui-même l’un des fondateurs d’AICF en 1979. »

Depuis, les missions de l’association suivent les ambitions impériales américaines : Afghanistan, Cambodge, Soudan, etc. Plus récemment, Airbus et EADS ont mis des avions à disposition d’Action contre la faim lors du séisme en Haïti, en Janvier 2010.

EADS est un des principaux soutiens financier de la Fondation franco-américaine et son ex vice-président n’est autre que Jean- Louis Gergorin, énarque très impliqué dans la création d’EADS et un peu impliqué aussi dans l’affaire Clearstream. L’action soi-disant humanitaire, mais en réalité impérialiste des États-Unis lors du séisme en Haïti, était donc vraisemblablement appuyée en France par ses canaux traditionnels que sont la Fondation franco-américaine et l’AICF.

L’humanitaire mis au service des États- Unis est constamment renouvelé en fonction des stratégies du Département d’état, utilisant pour ce faire des fondations et instituts qui mettent sur pied de nouvelles initiatives.

C’est, par exemple, le cas du « Plan Marshall Global », lancé par Al Gore en 2003, et qui reprend en partie le nom de son ancêtre : Le Plan Marshall de la Seconde guerre mondiale. La fondation instigatrice du projet est accréditée en tant qu’ONG par le Département des ONG de l’ONU dès son année de création. La solidarité internationale américaine, au-delà de représenter un intérêt géopolitique, est historiquement inscrite dans la conception sociétale américaine.

Pas vraiment dans celle des Européens, certes… Mais depuis quand les Américains nous demandent-ils notre avis ? Et depuis quand n’avons-nous plus le courage de leur dire « non » ?

 

 

Luc Minelli et Julien Teil, pour FLASH

Publié  sur Mecanopolis avec l’aimable autorisation de Jean-Emile Néaumet, directeur de la rédaction.

 

Notes :

(1) Care est l’acronyme de « Comitee for American Relief Everywhere ».

(2) Pierre Hillard ; La Fondation Bertelsmann et la gouvernance mondiale ; François-Xavier de Guibert ; 2009.

(3) Thierry de Montbrial fait partie du comité directeur des Bilderberg Meetings depuis 1976, comme il l’indique sur son CV personnel.

En 1979, il crée l’IFRI (Institut Français des Relations Internationales). Les travaux de l’IFRI sont semblables à ceux de la Commission Trilatérale dont ils appliquent visiblement les consignes. L’IFRI publie une revue qui porte le nom « Politique étrangère », soit une simple traduction du titre de la revue Foreign Affairs du Council of Foreign Relations (CFR)

(4) « Talentueux et pressentis pour occuper des postes clefs dans l’un ou l’autre pays », les Young Leaders sont recrutés après une sélection sévère parmi de jeunes dirigeants français et américains issus de la politique, de la finance, de la presse.

(5) Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) basé à Washington D.C. est un cercle de réflexion et d’influence sur la politique étrangère américaine, fondé en 1964 par l’amiral Arleigh Burke et l’historien David Manker Abshire. Il est en partie chargé d’élaborer la construction de l’axe Euro-atlantique.

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 04:05

 

Des empires à L’Empire.

 

On ne peut pas attribuer à toutes les ONG les mêmes intentions, mais certains emblèmes de la solidarité internationale servent manifestement d’autres intérêts que ceux auxquels ils prétendent. Bien avant que le Congo devienne un des fonds de commerce des soi-disant défenseurs des droits de l’homme, il fut déjà l’objet du combat d’un des tous premiers organismes humanitaires. Cet organisme est né au début du XXème siècle, soit précisément au croisement des dynamiques coloniales qui précédèrent la chute des Empires. En Afrique, l’Empire Britannique apparaissait alors comme l’Empire le plus important, notamment avec le Nigeria qui comptait plus de 15 millions d’habitants, mais aussi grâce au libre-échange, dont ils étaient alors les champions. Cependant, l’industrialisation naissante des nations occidentales entraîna une compétition acharnée pour le contrôle des ressources et des marchés. Cette réalité historique fut à l’origine de la régression de l’Empire Britannique, dont la part de marché mondial passa du quart en 1880 au sixième en 1913. A cette époque, l’industrie automobile se développe considérablement, une aubaine pour le roi de Belgique Léopold II, dont un des avantages providentiels est le caoutchouc importé du Congo. Ce dernier trouve donc un moyen efficace de rentabiliser sa colonie personnelle : y faire travailler de force les Congolais, alors traités de façon horrible et inhumaine, afin de collecter un maximum de caoutchouc[1]. Edmund Dene Morel, qui n’est alors qu’un simple journaliste britannique, se rend au Congo dès la fin du XIXème siècle. Après avoir salué l’œuvre du Roi Léopold II au Congo, il s’investit subitement dans la critique de son colonialisme : il est indigné par les conditions de vie des Congolais, ainsi que par l’exploitation de leurs ressources. Le combat initié par Morel prend vite de l’ampleur au sein de la communauté anglophone et européenne grâce à son journal le West African Mail. Puis, en 1904, il fonde la Congo Reform Association, qui militera en faveur d’un retrait belge du Congo et qui aura pour ambition d’y faire cesser les atrocités.

 

Il y avait un intérêt stratégique pour l’Empire Britannique - conduit par les perspectives de Ceci Rhodes, [2] - à déstabiliser le Congo du Roi Léopold II. Ce territoire, convoité par la Grande Bretagne, permettait de faire le lien entre le Cap et le Caire, tout en interdisant la jonction des colonies australes portugaises entre elles. Idem pour les colonies allemandes. En outre, Morel était considéré comme l’agent des « Marchands de Liverpool »[3], groupe dont l’activité était alors nettement précarisée par le Congo et qui n’aurait rien eu contre sa ruine. Il est difficile de dire si l’action humanitaire de Morel, soutenue par l’Empire Britannique, avait pour objectif de simplement déstabiliser le Congo de Léopold et d’en imposer l’annexion à l’Etat Belge – ce qui devint officiel le 13 Décembre 1906, sous la pression de la communauté européenne et américaine, incitée par les démarches de Morel - ou si une vision plus profonde animait ces démarches. Toujours est-il que la ligne de chemin de fer, voulue par Cecil Rhodes, fut construite dés 1906 et inaugurée en 1911. L’usage de moyens dévoyés afin de perpétuer l’extension de l’Empire Britannique en Afrique ne fait aucun doute, même si la démarche de Morel peut paraître sincère. La grande dépression des années 30 précipitera le déclin économique du grand Empire Britannique, et la partition des Indes, en 1947, y mettra définitivement fin. Parallèlement, la création des Nations Unies et la fin de la Seconde Guerre Mondiale conduisirent à deux faits essentiels : les proclamations d’indépendance de nombreuses nations et la fin des grands empires coloniaux. Par conséquent, on assiste déjà à l’émergence d’un monde aux ambitions unipolaires, bien qu’à l’aube de la Guerre Froide tout ceci n’est encore que virtuel. Dans la foulée, les Nations Unies officialisent l’expression et le sigle « ONG » dés 1945, puis elles créent en 1948 le département économique et social des Nations Unies. Celui-ci est chargé d’encadrer la participation des ONG aux sommets, en accréditant celles qui y interviendront. Elles sont au nombre de 41 en 1948 et elles sont aujourd’hui plus de 3000. D’autres organismes interétatiques formaliseront, par la suite, leur relation avec les ONG, d’abord l’OCDE, puis l’OTAN, l’OMC, etc. De nos jours, 42 ONG, défendant officiellement la population et les intérêts congolais, sont accréditées au Conseil économique et social des Nations Unies. On y trouve notamment l’AEDH (Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme), qui est affiliée à la LDH (Ligue des Droits de l’Homme). L’AEDH fait, en outre, partie des 37 ONG financées par le NED (National Endowment for Democracy) au Congo et elle a reçu 35000$ de sa part cette année. Le NED a été crée par Donal Reagan afin de poursuivre les actions secrètes de la CIA. Cette association est, officiellement, un des principaux organismes humanitaires dépendant du Département d’État Américain par l’intermédiaire d’USAID5. La majorité des 37 ONG financées par le NED au Congo est également accréditée par le Conseil économique et social des Nations Unies. Autrement dit, l’hégémonie américaine au sein des Nations Unies est déployée dans tous les domaines et l’humanitaire n’y échappe pas. L’exemple de la Congo Reform Association de Morel (devenue depuis le Congo Reform Network, qui est également accrédité au Conseil économique et social des Nations Unies) montre que ce phénomène est ancien, et que les ONG ont été, dès le départ, des outils des Empires. Quelles seront, sur le long terme, les conséquences de leur institutionnalisation, initiée par les Nations Unies en 1948 ?

 

1 - Les Fantômes du Roi Léopold – Adam Hochschild -2007

 

2 - La décomposition des nations européennes : De l’union euro-Atlantique à l’Etat mondial – Pierre Hillard - 2010

 

3 Histoire générale du Congo, de l’héritage ancien à la République Démocratique - Isidore Ndaywelè Nziem – 1998

 

4 « Organisations non ( ?) gouvernementales », par Thibault Le Texier, La Lettre du Forum de Delphes, novembre 2007.

La société civile : Institutionnalisation ou normalisation ?

 

Depuis leur reconnaissance par les Nations Unies en 1948, la place occupée par les ONG, aussi bien sur le plan médiatique que dans l’inconscient collectif, induit une méconnaissance des véritables enjeux qu’elles soulèvent. Par ailleurs, le statut juridique et associatif des ONG, doit inviter à une véritable réflexion de fond quant au rôle majeur qu’elles jouent dans la prise de décisions internationales. Les ONG prétendent notamment instruire une forme de contre-pouvoir, qu’elles exerceraient via un dialogue continu avec les forces politiques et économiques. Face à la violence de la mondialisation et ses conséquences désastreuses, la solidarité internationale ne peut naturellement que jouir d’une image collectivement perçue comme positive. Mais, de par leur collaboration avec différents systèmes de coopération internationale, elles sont de fait intégrées à la globalisation. Elles participent notamment aux sommets des Nations Unies, dont le fonctionnement repose sur une architecture plus que discutable. En effet, le Conseil de Sécurité des Nations Unies et le Tribunal Pénal International sont contrôlés par les États-Unis et leurs alliés, grâce aux invraisemblables droits de véto dont ils disposent. Ceci permet l’accaparement de la guerre en l’excluant de tout débat démocratique, mais aussi de fixer les règles de sa légalité. Du point de vue de leur immersion dans ce système de domination onusienne, elles ne peuvent donc pas être considérées comme un contre-pouvoir mais plutôt comme un adjoint du pouvoir. Il est donc tout à fait logique, qu’en période de globalisation accrue, les ONG ne s’opposent pas aux principes légaux de l’organisation des Nations Unies. Bien au contraire, elles adoubent ces règles, tout en sachant qu’elles ordonnent inévitablement une politique internationale précarisée par l’hégémonie d’un monde unipolaire et conduit par le Conseil de Sécurité des Nations Unies.

 

Avec plus de distance, il est évident que les Nations Unies tendent à imposer la globalisation, car sa propre survie en dépend, et réciproquement. Les différents organes qui les composent sont donc spontanément amenés à s’ajuster. De la même manière, on pourrait penser, au premier abord, que la surreprésentation de la société civile et sa prétention à une reconnaissance de plus en plus accrue, aboutirent à son auto-institutionnalisation : Une sorte de réalité indubitable lui ayant permis de "forcer" son intégration au sein des institutions politiques, et dont elle aurait été unilatéralement responsable. Mais en réalité, il ne s’agit que d’ajustements croissants au sein d’un système, ce dernier cooptant ses différents représentants afin d’entretenir une progression illimitée de la globalisation.1 En ce qui concerne le caractère apolitique des ONG, et leur exclusion du cadre constitutionnel, elles sont en effet en-dehors des procédés de gouvernements traditionnels : Elles ne sont ni élues, ni théoriquement affiliées à des orientations politiques. Pourtant, elles ont la capacité de pousser leurs idées, et les préconisations qui en découlent lors des sommets internationaux. Cette particularité entraîne une imprécision, aussi bien concernant leur objectif, que leur constitution. En effet, le Conseil Economique et Social des Nations Unies, qui est chargé d’accréditer les OSC (Organismes de la Société Civile) par l’intermédiaire du Département des ONG, met sur le même plan des organismes qui n’ont officiellement pas les mêmes objectifs. On y trouve aussi bien la Fondation Ford (qui est un paravent de la CIA) ; des associations dites citoyennes comme ATTAC ; des ONG de solidarité internationale comme Action Contre la Faim ; des syndicats patronaux comme la Business Roundtable2 ; des instituts et think-tanks comme le Club de Rome ; etc. Cette extension du sens communément accepté des ONG, jette un flou considérable sur leurs objectifs : tantôt venir en aide à des populations et proposer des régulations de l’économie mondialisée (ce qui est le cas d’Action Contre la Faim et d’ATTAC) ; tantôt représenter cette même économie et/ou servir les intérêts d’un ou de plusieurs États (Ce que font la Fondation Ford, la Business Roundtable et le Club de Rome).

 

Lors du récent sommet de Copenhague, nous avons pu assister à l’explosion du nombre des ONG, et à une avancée considérable de leur capacité à faire connaître leur(s) opinion(s). Comme dans le cas des Nations Unies, aucune d’entre-elles n’a critiqué le fond de ce sommet, alors qu’il ne repose ni sur un consensus scientifique international, ni sur une véritable coopération des Nations. Ce sommet, avait simplement pour objectif d’aboutir à de nouvelles règles "écologiques" internationales, voire mondiales, et cela afin de contenir le développement industriel des pays émergents qui seront les puissances de demain. En particulier celui de la Chine, Nation que les États-Unis ne souhaitent pas voir défier leur hégémonie en plein essoufflement. Là où les ONG furent donc "utiles" c’est dans leur soutien indéfectible à la tenue de ce sommet et dans le travail effectué en amont et visant à définir les perspectives énergétiques d’avenir. Perspectives qui envisagent ouvertement la création d’un ministère mondial de l’écologie. "L’échec de Copenhague" - pour reprendre l’expression d’une grande partie de la société civile -, n’est donc que virtuel de ce point de vue. De plus, depuis la fin du sommet, de grandes opérations, dont les conséquences seront semblables à celles attendues au sommet de Copenhague, ont été lancées. C’est notamment le cas de la Robin Hood Tax, initiative poussée, entres autres, par Georges Soros et Warren Buffet. Son objectif est la mise en place d’une taxe sur les transactions bancaires pour lutter contre le réchauffement climatique. Ce projet est soutenu par les centaines d’ONG qui déclaraient quelques semaines auparavant qu’elles avaient assistées au naufrage de la cause écologique lors d’un sommet qui n’avait mené à rien de concret. Mais surtout, cette idée, si elle aboutit, entraînera forcément une aggravation de la globalisation via les règles qu’elle fixera unilatéralement. Pourtant, la réalité industrielle est différente pour chaque état, en particulier pour les Pays émergents dont le développement repose en grande partie sur leur capacité à déployer un arsenal industriel. Mais selon les règles que veulent imposer le G20 et ses ONG alliées, ceci provoquerait des émissions de C02, ce qui n’est évidemment pas acceptable, et cela bien que le socle scientifique de la théorie du GIEC soit présentement encore à l’état spéculatif.

 

Le point de ralliement des ONG au système de domination, est donc contenu dans sa composante la plus essentielle : l’uni-polarité. Par conséquent, et afin d’exporter les règles et principes du système de domination mondiale, les ONG tout comme le marché, se doivent d’être transnationales ou internationales. Elles disposent de bureaux dans l’extrême majorité des Nations du monde et elles font remonter leurs travaux, études et expertises auprès des véritables architectes de la globalisation dont elles sont, de fait, un des principaux vecteurs. Elles ne font que s’aligner sur le système qui les chapeaute, et servent de porte-paroles à une opposition fantasmée par les médias vassaux de la globalisation. Elles ne sont donc ni un contre-pouvoir, ni un outil de régulation démocratique. Il ne s’agit pas simplement d’une institutionnalisation de l’apolitique mais surtout d’une normalisation des circuits du système de gouvernance mondiale. Comme l’écrivait Foucault : « la société civile, ce n’est pas une réalité première et immédiate […], c’est quelque chose qui fait partie de la technologie gouvernementale moderne" 3 ; C’est en effet le cas, mais quels sont ses objectifs à court et long terme ?

 

1 L’institutionnalisation de la société civile » - Thibault Le Texier – Janvier 2010 -

 

2 La Business Roundable a été fondée par de grands groupes économiques américains en 1972.

 

3 FOUCAULT Michel, Naissance de la Biopolitique, Cours au Collège de France, 1978-1979, Paris : Gallimard/Seuil, 2004, p.300

Relations franco-américaines

 

Les relations franco-américaines sont incontestablement un des vecteurs de la globalisation et un de ses verrous. En effet, la construction européenne, qui est le cheval de Troie de la gouvernance mondiale, n’aurait pas pu se parfaire sans la participation de la France. De plus, l’histoire de la France et les possibles alliances stratégiques qu’elle pourrait initier sur la scène internationale, imposent sa neutralisation. Cette mise en quarantaine, nécessaire pour le processus globalisant, fut exponentielle depuis l’avancée manifeste de son intégration dans l’Europe. Les Etats-Unis, quant à eux, ont incorporés une dimension humanitaire à toute entreprise expansionniste depuis la fin de la seconde guerre mondiale avec le Plan Marshall. Cette stratégie leur permit de traiter les conséquences de leurs actions militaires, tout en produisant un tas de bénéfices médiatiques et politiques. C’est pourquoi, les relations franco-américaines d’après-guerre révèlent un flagrant ajustement de certaines ONG avec les volontés expansionnistes des Etats-Unis. Par conséquent et dans ce cadre précis, il est avant tout question des réactions étatsuniennes à la politique extérieure de la France et de l’accélération de son intégration dans le processus européen. Dans le cadre du Plan Marshall, outre la contribution financière à la reconstruction de l’Europe, une ONG avait alors été créée : CARE1, qui deviendra plus tard CARE International. Des colis alimentaires furent gracieusement distribués par l’ONG dans les pays européens dévastés par la guerre. En France, les fonds du Plan Marshall furent administrés par le Commissariat Général au Plan, où officiait Jean Guyot qui en était chargé. Puis, il occupa le poste de directeur financier de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier) - l’ancêtre de l’Union Européenne telle que nous la connaissons aujourd’hui – sous la direction Jean Monnet. Ce dernier en démissionna en 1954 pour prendre la tête du Comité d’Action pour les États-Unis d’Europe. Jean Guyot entra ensuite à la banque Lazard dont il fut associé-gérant pendant près de 50 ans et où il participa à la renommée internationale de la banque. En 1983, il crée le bureau français de l’ONG Care, qui est actuellement présidée par Arielle de Rothschild. 

 

Les États-Unis avaient donc affirmé, dés la fin de la Seconde Guerre Mondiale, un besoin de camoufler leurs ambitions impériales, en employant des moyens subversifs. Cette nécessité se fit de plus en plus grande pendant la Guerre Froide, ce qui les incita à poursuivre dans cette voie insidieuse. Jusqu’en 1969, Charles De Gaulle est au pouvoir et résiste aux pressions américaines en refusant tant qu’il peut la construction d’une Europe inféodée aux intérêts américains. Il ira même jusqu’à proposer à Willy Brandt le développement d’un projet européen alternatif à celui attendu du côté étasunien. Au lendemain de la chute de Charles De Gaulle, la France est alors à la fois dans l’orbite des États-Unis et dans l’incapacité de répondre à leurs tentatives de cooptations. La porte est donc entièrement ouverte, ce qui permit à certains personnages de collaborer étroitement avec les États-Unis. Afin de coaliser l’opinion publique et les forces politico-économiques en faveur d’une construction européenne américano-centrée, ces derniers créent de nombreux think-tanks, ONG, qui de plus, assurent le bon fonctionnement des relations franco-américaines.

 

- La Fondation Franco-américaine, qui fut officialisée en 1976 par le président Ford et son homologue français Valérie Giscard-d’Estaing, en est l’icône la plus limpide. Elle œuvre ouvertement pour "enrichir les relations franco-américaines et encourager un dialogue actif entre les deux nations". 2C’est notamment grâce au soutien de Thierry de Montbrial 3et Jean Louis Gergorin, que la création du bureau français de cette fondation fut possible. Elle est aujourd’hui financée par la Banque Lazard : un des architectes - sinon l’architecte principal - des relations franco-américaines d’après-guerre. Pour saluer son engagement, Michel-David Weill recevra le prix Benjamin Franklyn de la Fondation Franco Américaine en 2003, prix qui récompense "une personne qui, à travers sa vie, a œuvré à l’amélioration des relations entre la France et les États-Unis » - on ne peut faire plus clair.

 

- Michel David Weill a régné en grand patron de Lazard de 1970 à 2001, période pendant laquelle il signa le chèque permettant la création du bureau américain de l’ONG française Action Contre la Faim. Cette association humanitaire a été fondée en 1979 sous le nom d’AICF (Action Internationale Contre la Faim) par un groupe d’intellectuels français. Parmi les plus actifs, on y trouve : Jacques Attali, Bernard Henri-Lévy ; Guy Sorman (qui entrera en tant que Young leader4 de la fondation franco-américaine trois ans plus tard) ; Marc Ullmann (qui officia sous la direction de Jean Monnet à la CECA avant d’entrer au CSIS5 sous la direction d’Henry Kissinger) ; Marek Halter (qui fondera ensuite SOS Racisme avec Bernard Henry Lévy et avec qui il se rendit en Afghanistan en 1980 pour le compte d’AICF). AICF fut donc fondée par un groupe d’individus qui ont avalisé la politique américaine pendant, et au delà de la Guerre Froide. Concernant les actions menées par l’association, elle poursuit visiblement dés sa fondation la défense des intérêts américains. Elle se rend par exemple en 1980 à la frontière afghano-pakistanaise où l’ISI recrute les combattants afghans pour le compte de la CIA. La guerre sale imaginée par Zbigniew Brzezinski et qui consiste à offrir à l’armée soviétique sa "Guerre du Vietnam" en attirant les russes dans le bourbier afghan, provoquera la mort de près d’un million d’afghans. Mais le discours médiatique d’Action Contre la Faim permet d’en minimiser les conséquences, et au passage d’édulcorer une Guerre qui n’est que peu froide dans certaines contrées. Par ailleurs, il s’agissait évidemment de soutenir la doctrine de guerre américaine qui consistait à présenter la situation de la manière la plus subversive possible. Comme le rappelait d’ailleurs Olivier Roy, un membre du fameux groupe d’intellectuels français fondateur d’AICF en 1979, dans une interview récente : « En août 1980, je forçais avec un âne et quelques porteurs le blocus russe en Afghanistan pour faire passer une aide humanitaire dérisoire. L’opération Caravanes pour l’Afghanistan ». Une opération qui avait été organisée par Bernard Henri Lévy, lui même un des fondateurs d’AICF en 1979. Depuis, les missions de l’association suivent les ambitions impériales américaines : Afghanistan, Cambodge, Soudan, etc. Plus récemment, Airbus et EADS ont mis des avions à disposition d’Action Contre la Faim lors du séisme en Haïti en Janvier 2010. EADS est un des principaux soutiens financier de la Fondation Franco-Américaine et son ex vice-président n’est autre que Jean Louis Gergorin. L’action soi-disant humanitaire, mais en réalité impérialiste des Etats-Unis lors du séisme en Haïti était donc vraisemblablement appuyé en France par ses canaux traditionnels que sont la Fondation Franco-américaine et Action Contre la Faim.

 

L’humanitaire mis au service des États-Unis est constamment renouvelé en fonction des stratégies du département d’état, utilisant pour ce faire des fondations et instituts, qui mettent sur pied de nouvelles initiatives. C’est, par exemple, le cas du "Plan Marshall Global", lancé par Al Gore en 2003, et qui reprend en partie le nom de son ancêtre : Le Plan Marshall de la Seconde Guerre Mondiale. La fondation instigatrice du projet fut accrédité en tant qu’ONG par le Département des ONG des Nations Unies dés son année de création. La solidarité internationale américaine, au delà de représenter un intérêt géopolitique, est historiquement inscrite dans la conception sociétale américaine.C’est pourquoi, une étude complète de ces mécanismes est complexe, tant le terrain est vaste. Mais ces pratiques, notamment les collaborations entre le domaine commercial et caritatif comme dans le cas d’EADS et d’Action Contre la Faim, se multiplient et se modernisent, jusqu’à créer de nouveaux secteurs d’activité.

 

1 Care est l’acronyme de "Comitee for American Relief Everywhere-,

 

2 Pierre Hillard ; La Fondation Bertelsmann et la gouvernance mondiale ; François-Xavier de Guibert ; 2009

 

3 Thierry de Montbrial fait partie du comité directeur des Bilderberg Meetings depuis 1976, comme il l’indique sur son CV personnel. En 1979, il crée l’IFRI (Institut Français des Relations Internationales). Les travaux de l’IFRI sont semblables à ceux de la Comission Trilatérale dont ils appliquent visiblement les consignes. L’IFRI publie une revue qui porte le nom « politique étrangère », soit une simple traduction du titre de la revue Foreign Affairs du Council of Foreign Relations (CFR)

 

4 Les Young Leaders sont sélectionnés après une sélection sévère parmi de jeunes dirigeants français et américains issus de la politique, de la finance, de la presse "talentueux et pressentis pour occuper des postes clefs dans l’un ou l’autre pays".

 

5 Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) basé à Washington, D.C. est un cercle de réflexion et d’influence sur la politique étrangère américaine fondé en 1964 par l’amiral Arleigh Burke et l’histoiren David Manker Abshire. Il est en partie chargé d’élaborer la construction de l’axe Euro-atlantique.

 

De l’entrepreneuriat social à la gouvernance mondiale.

 

Il est de plus en plus courant d’entendre parler d’un "marché écologique et social", notamment depuis la création des forums sociaux mondiaux au début des années 90 puis la naissance du microcrédit. Désormais, cette volonté de création d’une économie prétendument "sociale et solidaire" se fait de plus en plus prégnante et ouvre les portes à diverses initiatives que l’on peut regrouper sous le nom d’ “entrepreneuriat social". Ce domaine appelle à une étroite collaboration entre le domaine privé et les ONG qui sont par nature non-lucratives.1 De nombreuses multinationales font désormais appel à cette idée afin de poursuivre leurs ambitions mercantiles, voire expansionnistes. C’est notamment le cas de Danone qui dispose de son propre organisme d’entrepreneuriat social : Danone Communities et qui se présente ainsi : « Nous sommes un incubateur d’entreprises à vocation sociale, né à l’initiative du Pr. Muhammad Yunus 2 et du groupe Danone. Notre mission est de promouvoir, accompagner et financer des social businesses, répondant à des questions de malnutrition et de pauvreté ». La frontière entre le commercial et l’humanitaire n’existe donc plus, puisque ces deux domaines, en principe opposés, fusionnent selon toute vraisemblance au profit du capitalisme mondialisé. Dans la même veine, le Plan Marshall Global, qui reprend le nom de son ancêtre, cité plus haut, aspire à la « création d’une économie de marché écologique et sociale à l’échelle mondiale ». Une initiative, à laquelle s’est d’ailleurs associée Susan George, la porte parole d’ATTAC et d’une grande partie du mouvement altermondialiste. Le microcrédit quant à lui est un principe relativement simple : un organisme de microcrédit s’adresse à des personnes dans le besoin. Il leur propose la mise à disposition d’un moyen financier afin de mettre en œuvre une activité professionnelle et permet ainsi d’assurer leur survie. Il s’agit d’un système de crédit classique avec un taux d’intérêt ; soit une pratique fortement semblable à celles des banques privées d’investissement, auxquelles elle est d’ailleurs affiliée. Une des plus grandes ONG de microcrédit au monde vit le jour suite à un discours de Jacques Attali à L’Aspen Institute3 en 1997. Il y lança l’idée d’une grande ONG qui regrouperait les organismes de microcrédit. Un an plus tard, et grâce à l’appui de Michel Rocard, Muhamed Yunus et de Massimo Ponzellini3, il créé l’ONG Planet Finance. Le conseil d’honneur de l’organisme abrite une liste impressionnante de personnalités : on y retrouve l’ex président de la branche américaine de Lazard : Felix Rohatyn ; Guillaume Sarkozy ; Bernard Kouchner ; Michel-David Weill, le grand patron de Lazard ; Rachida Dati 4. Par ailleurs, son principal conseiller est Christophe Guillemin, l’actuel directeur général de la Fondation Franco-Américaine. Au regard des liens entre Planet Finance et la sphère bancaire, ainsi que de la perspective transnationale qui anime ses ambitions, il convient de considérer son activité de microcrédit comme un simple moyen d’exporter le système de la dette. Un mécanisme qui vise en premier lieu les pays en voie de développement, alors que l’activité humaine y est déjà nettement précarisée par les programmes d’ajustements structurels prodigués par le FMI et la Banque Mondiale. En dehors de ces étroites collaborations entre le domaine commercial privé et celui de la solidarité internationale, il s’agit également d’imposer une nouvelle source de normativité. Les ONG deviennent des outils d’expertise, qui remplacent petit à petit le cadre traditionnel du droit. C’est par exemple le cas de Médecins du Monde, qui en 2007, a remis un rapport sur la situation d’Areva au Niger. Un rapport qui n’était pas le fruit d’une enquête sur l’exploitation des mines nigériennes et des conditions de travail des employés locaux d’Areva, mais celui d’un partenariat officiel entre Médecins du Monde et Areva. Dans ce cas précis, il s’agit donc de substituer au respect du droit du travail nigérien, l’expertise d’une ONG qui n’a aucun mandat, ni aucune compétence reconnue dans ce domaine. Avec le temps, il est incontestable que cette négation du droit conduira à l’émergence de nouvelles issues de procédures non législatives. Or les normes existantes reposent avant tout sur des principes juridiques et politiques, propres à l’Etat de droit, alors que la vision empruntée par les ONG se fonde sur l’expertise – qui est une notion subjective et malléable. De plus, leurs ambitions sont transnationales et dépassent donc toutes les résistances étatiques et souveraines existantes. De fait, elles poursuivent nécessairement l’objectif d’une gouvernance mondiale, au sein de laquelle elles pourraient remplacer à la fois le droit et la démocratie, soit ce qui constitue la base des nations souveraines. C’est ce que constatait Jacques Attali, lors d’une Tribune à l’ONU en 2004 par ces mots :  « Les ONG peuvent donner un sens à la mondialisation, qui n’est souvent, sans elles, que l’internationale des marchés et des guerres. Ces organisations portent aujourd’hui les idées de gouvernement mondial, de fraternité, de droits des générations futures, d’équité sociale, le droit des femmes et des minorités. Les ONG donnent un sens à la démocratie, qui n’est souvent, sans elles, qu’une mascarade d’élections, sans enracinement durable dans les peuples. Elles portent d’ailleurs aujourd’hui les combats pour la mise en œuvre des fondements de la démocratie : la liberté d’expression, la protection des femmes et des enfants, la lutte contre la peine de mort, le droit au travail, le droit au crédit, le droit au logement. »5

 

1 Quel avenir pour les ONG la nouvelle gouvernance mondiale ? – IRIS- Sous la direction de Handicap International ; 2008

 

2 Muhammad Yunus est un économiste et entrepreneur bangladais connu pour avoir fondé la première institution de microcrédit, la Grameen Bank, ce qui lui valut le prix Nobel de la paix en 2006. Il est surnommé le « banquier des pauvres »

 

3 L’institut Aspen est un cercle de réflexion et d’influence international à but non lucratif fondé en 1950 à Aspen dans le Colorado aux États-Unis dédié au « commandement éclairé, l’appréciation d’idées et valeur éternelles, un dialogue ouvert sur des thèmes actuels ». Son orientation en politique étrangère est d’inspiration atlantiste.

 

4 Elle avait auparavant officiée avec Jacques Attali à la BERD (Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement)

 

5 Discours de Jacques Attali au sommet mondial des ONG ; 2004

 

Sémantique et privatisation de la démocratie.

 

L’expression "société civile" est récemment apparue comme l’appellation sous laquelle les ONG se présentent. Pour l’UNESCO. La société civile est « le domaine de la vie sociale civile organisée qui est volontaire, largement autosuffisant et autonome de l’État ». En théorie, la société civile se place donc en dehors du cadre étatique, mais aussi du cadre commercial, ce qui est largement discutable. Du point de vue sémantique et selon la définition du dictionnaire de la langue française, est "civil", ce qui concerne l’ensemble des citoyens. Ce terme provient en grande partie du droit, et donc de la reconnaissance du droit civique des citoyens, son application garantissant le bon fonctionnement de ses propres principes fondateurs dans une République.

 

Pourtant, la réalité de la société civile est largement en désaccord avec toutes les formes de représentations traditionnelles. Il ne s’agit ni d’une forme de démocratie élective, ni d’une forme de démocratie participative, puisque son fonctionnement s’exclut du cadre général et donc "civil" auquel il prétend. Il serait donc plus convenable de considérer la société civile comme un type de néo-lobby qui exprime des intérêts particuliers et non comme une médiation démocratique qui aurait pour objectif d’assurer le bien commun. De plus, l’indétermination sociale de la "société civile", du fait de l’ignorance de sa provenance et de ses affiliations avec la sphère politique et économique, en fait un outil de manipulation en faveur de ceux qui tiennent les rênes du pouvoir. Par conséquent, cet outil permet à ce système aux ambitions hégémoniques de manœuvrer. Ces manœuvres sont en effet nettement plus aisées lorsque l’unique garant des souverainetés populaires a été déterminé par un groupe non élu, voire autoproclamé. C’est ce que proposent deux projets différents dans la forme, mais dont le fond est parfaitement identique :


- Le premier est la Campagne pour la Création d’Une Assemblée Parlementaires des Nations Unies (UNPA) qui est notamment soutenue par Susan George. Sur le long terme, cette campagne souhaiterait créer une assemblée parlementaire mondiale, à laquelle participeraient des délégués issus des parlements nationaux, voire régionaux, « reflétant ainsi la diversité politique de ces derniers ». Cette initiative ne remet aucunement en cause l’existence du Conseil de Sécurité, ni des institutions de Bretton Woods, auxquels elle souhaite simplement proposer des « solutions novatrices ». Elle aspire donc à une simpliste immersion de délégués nationaux et régionaux au sein du système onusien. Or, c’est précisément ce système qui encadre, au moins d’un point de vue économique et militaire, l’extinction des souverainetés populaires. De plus, les processus de balkanisation, notamment en Europe avec l’euro-régionalisme, ont une double intention : premièrement, procéder à l’éclatement des Nations, en particulier en créant une confusion identitaire dans des régions historiquement sujettes à des revendications autonomistes. Deuxièmement, déléguer les responsabilités régionales à des structures supra étatiques telles que l’Union Européenne, soit au sein d’entités politiques souhaitant l’extinction des Nations. 1Et cela au profit d’une commission européenne autocrate et de ses futurs organismes vassaux. Les 27 commissaires de l’UE ne sont pas élus, mais nommés pour conduire politiquement une commission indépendante des gouvernements nationaux. Cette nomination leur procure un mandat de représentants et de défenseurs des intérêts de l’UE dans son ensemble. Il s’agit donc pour l’UNPA d’intégrer un édifice qui exclut les Nations à tout prix de son fonctionnement, et qui de plus impose la délégation des pouvoirs régionaux au profit d’autorités supranationales non démocratiques. Autrement dit, l’UNPA ne souhaite que s’accorder sur le système Onusien, en créant des liens plus directs entre les Nations Unies et des autorités régionales et nationales affaiblies ou soumises à une, ou des, autorité(s) supranationale(s). Le bénéfice de ces relations ne peut donc qu’être arbitraire, et ne peut en aucun cas favoriser une meilleure représentativité des souverainetés populaires et nationales. Ce projet étant peu favorable à un sursaut des Nations et des souverainetés, l’UNPA ne peut que s’en remettre à la société civile, qui doit, selon elle, « exhorter les nations à soutenir ce projet. »


- Le deuxième projet, nettement plus radical, est le COPAM (Comité pour un Parlement Mondial). Il a rejoint le réseau de l’UNPA en Mai 2009 et son représentant Olivier Giscard d’Estaing avait alors déclaré : "Nous avons donc le plaisir de joindre ce réseau. Quant aux détails de la proposition, je voulais mettre en évidence que selon notre point de vue, les futurs délégués d’une assemblée parlementaire mondiale, pourraient initialement être nommés par les Parlements nationaux. Cependant, nous croyons que les délégués ne devraient pas nécessairement être eux-mêmes des députés élus. Le cumul du mandat mondial avec un autre mandat parlementaire au niveau national serait à l’inconvénient du premier ». Dans ce cas, il s’agit ouvertement d’émettre, et de défendre l’hypothèse d’un système politique semblable à celui de la commission européenne : un parlement mondial, dont les représentants ne sont pas des élus. Ces deux exemples montrent qu’il existe un véritable risque dans la formulation de la société civile. Elle ne peut aboutir qu’à la privatisation de la démocratie et de l’expression des souverainetés. Car, ces dérives n’en sont pas, il s’agit d’une harmonisation croissante, et parfois surprenante, de la société civile et d’une globalisation autoritaire aussi bien dans ses principes économiques et militaires, que politiques. L’Union Européenne peut y apparaître comme le prototype de structure supra étatique dont la conception est la plus autocrate. De plus, l’Office d’Aide Humanitaire de la Commission Européenne (ECHO) est donc entre les mains d’une commission non élue. Cet office poursuit donc les mêmes objectifs que la société civile, soit son exclusion de tout processus de représentation. C’est notamment la vision défendue par Benoît Miribel, l’actuel président D’Action Contre la Faim le 21 Octobre dernier lors de son intervention à la commission européenne en charge d’ECHO : « Nous tenons à l’indépendance d’ECHO, hors considérations d’ordre politique et de sécurité de l’UE et vous, vous tenez à la libre capacité d’intervention des ONG humanitaires européennes qui ont fait leurs preuves. Nous devons maintenant, ensemble, nous battre pour défendre les principes humanitaires auprès des Etats membres, et au delà ». Mais cette réalité trouvera nécessairement une limite qui est celle de la globalisation. La société civile ne pourra pousser le processus globalisant au-delà de ses propres limites, puisqu’elle est contenue dans ce processus et n’en est qu’un rouage aux ambitions particulières et bien définies. A l’inverse, l’objectif d’une gouvernance mondiale non étatique ne peut se passer de la société civile, et encore moins de ce qu’elle permet. Comme le dit Jacques Attali : « Les ONG vont être l’esquisse de l’amorce du gouvernement mondial, de la démocratie planétaire »2. Il est donc essentiel qu’elles se substituent aux souverainetés étatiques, qui sont par nature opposées à leur fusion au sein d’un gouvernement mondial. La société civile sera donc à l’avenir, un allié fondamental des perspectives mondialistes. Elle s’imposera grâce à une prétention toujours plus grossière de contre-pouvoir, jusqu’au point de rupture qui précipitera inévitablement son entière dissolution au sein d’une gouvernance mondiale totalitaire.

 

1 Minorités et régionalismes dans l’Europe Fédérale des Régions : Enquête sur le plan allemand qui va bouleverser l’Europe ; Pierre Hillard ; 2004

 

2 Conversation d’avenirs ; Public Sénat ; « L’avenir des ONG » diffusé le 04/07/2008

 

 

Julien Teil

 

E&R

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 03:06

Discours de Jacques Attali au sommet mondial des ONG

 

http://www.voltairenet.org

 

 

 

 

Faisons un rêve : Imaginons qu’aujourd’hui, nous ne soyons pas réunis dans la salle de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies, (si généreusement mise à notre disposition par le secrétariat général et d’abord par mon ami le secrétaire général adjoint, Shashi Taroor) [1] mais dans la salle d’une « Assemblée générale de l’Organisation des Associations Unies », nouvelle institution internationale qui rassemblerait toutes nos organisations, traversant les frontières, les couleurs, les sexes, les races, les générations, toutes décidées à servir, sous toutes les formes, un seul but : Le bien commun de l’humanité.

Imaginons les décisions qu’une telle Assemblée pourrait prendre ! Et comme le monde serait différent si une telle organisation avait son mot à dire sur la nature du développement, sur le partage des ressources mondiales, sur l’évolution du droit international et sur les moyens de le faire respecter.

Un tel rêve est réaliste : Aujourd’hui, nos organisations, dites ONG, pèsent plus lourd sur le destin de l’humanité que bien des nations ayant leurs sièges dans cette salle. Jusque dans les pays les plus dictatoriaux, des femmes, des hommes, des enfants améliorent leurs conditions de vie, en se groupant, hors de la politique. Bien des changements majeurs de ces cinquante dernières années, dans le droit international, dans les relations entre les peuples, dans la conception de la démocratie, dans la nature de l’économie, sont nées de nos organisations : le combat pour les droits de l’homme, l’action humanitaire, la médecine d’urgence, le droit à mourir dignement et à contrôler les naissances, les droits des femmes, le devoir d’ingérence humanitaire, la prise en compte des nouvelles maladies, le droit à l’enfance, la protection de l’environnement, le droit à la gratuité de la santé et de l’éducation, le droit à l’information et à se regrouper en associations, ne sont nés ni dans les partis politiques, ni dans les entreprises, ni dans les administrations ni dans les syndicats mais dans des travaux d’intellectuels relayés par des organisations comme les nôtres, qui se sont autoproclamées en charge de l’évolution de la planète et des besoins de l’espèce humaine.

Même si, sous cette appellation, se glissent par fois des gens qui n’ont rien à y faire, comme des sectes, ou même des organisations terroristes, les ONG représentent l’avant-garde de ce que sera le meilleur du monde d’après-demain : Un monde fait de diversité, de tolérance, d’altruisme, d’intérêt pour le bonheur des autres.

Car ainsi sera le monde , j’en suis convaincu. Tout simplement parce que s’il n’y ressemble pas cela, il cessera d’exister, sous les coups de la violence terroriste, des désordres écologiques, des inégalités et de tous les autres maux que nos organisations, justement, s’efforcent de combattre.

Aussi, ce dont nous avons débattu ici constitue la condition nécessaire de la survie de l’humanité. C’est de notre action que découlera une part essentiel de la survie ou de la mort des civilisations. Et je vous propose de partager, à la fin de cette journée, douze constats et douze propositions.

Douze constats

- 1. Malgré les progrès accomplis dans la réalisation des Objectifs du Millénaire fixés par les Nations Unies , beaucoup d’entre eux ne seront pas atteints, et pas seulement en Afrique, en 2015. De plus, bien des situations de misère et de désordre ne sont pas décrites correctement par ces Objectifs, dont certains ne sont pas quantifiables. C’est le cas de la pauvreté, de la maltraitance des femmes, de la privation d’enfance, de la guerre, de la peur, de l’insécurité, du manque d’accès aux ressources de base, de l’inégalité. Par exemple, l’aide publique au développement - en pourcentage du revenu national brut des pays donateurs - est au plus bas, et le montant destiné aux pays les moins avancés a baissé plus encore. Les exportations des plus pauvres en franchise de droits vers les pays du Nord baissent continûment, à l’exception des ventes d’armes et de pétrole.

- 2. La pauvreté, premier facteur de violence, de destruction des services publics et de recul de la démocratie, va s’aggraver, sous toutes les formes. Alors que, aujourd’hui, près du quart de l’humanité survit avec moins de deux dollars par jour, (qui constitue le vrai seuil de pauvreté), dans trente ans, ce sera, si rien ne change, le cas de près de la moitié de l’humanité. A l’autre extrémité de la société, la fortune se concentrera entre des mains de moins en moins nombreuses. Plus aucun ordre mondial ne sera alors possible et le terrorisme aura fait place à la guerre véritable, entre les nantis et les autres, à l’intérieur même des nations les plus riches.

- 3. Pourtant, plus que jamais, la planète —et surtout les plus grandes puissances de notre temps— a les moyens politiques, financiers, économiques et technologiques de résoudre tous ces problèmes ; mais elle a aussi les moyens militaires et écologiques de se suicider. Et elle est en train de faire à la fois l’un et l’autre.

- 4. Les Etats et les mouvements politiques ou terroristes façonnent la carte politique du monde, mais ne suffisent pas à le définir. Sous les coups de boutoir de la mondialisation des marchés, des nations très anciennes se défont ; des nations nouvelles se forment ; des Etats par dizaines perdent les moyens de défendre leur identité, d’assurer une solidarité en faveur des plus faibles ; des zones entières du monde, pays ou villes, deviennent des zones de non-droit et aucune force de l’ordre ne peut plus y pénétrer.

- 5. Les entreprises participent plus que jamais au changement du monde, par la façon dont elles mettent en œuvre le progrès technique, dont elles font évoluer la nature du travail, de la distraction, de la formation, de la consommation. Mais, obsédées par les exigences de l’immédiat, et même si elles sont aujourd’hui infiniment plus influentes que les Etats, elles non plus, malgré leur taille de plus en plus grande, les moyens d’agir sur les grands enjeux qui déterminent la durabilité du développement.

- 6. A coté des Etats et des entreprises, sont apparus depuis longtemps des organisations permettant aux gens de s’entraider. Les premières qui ont surgi, dans l’environnement de l’Etat, sous le nom de partis politiques et dans l’environnement des entreprises, sous le nom de syndicats, n’ont plus les moyens de traiter tous les problèmes nouveaux, qu’elles ne maîtrisent pas , liés à des enjeux qui dépassent le cadre du politique et de l’économie étroitement conçus.

- 7. Pour traiter ces problèmes nouveaux sont apparues de nouvelles organisations, les ONG, entreprises à but non lucratif, productrices de biens et de services de dignit . Elles mettent en œuvre des valeurs simples, universelles : les droits de l’homme d’aujourd’hui comme ceux des générations passées et futures. Ces droits, qui ne se résument pas à des valeurs occidentales, sont souvent nés, comme la démocratie, simultanément, en bien des civilisations à la fois. Ces ONG forment aujourd’hui une part significative de l’activité mondiale, peut-être plus du dixième. Elles constituent un formidable outil de transformation économique, politique, sociale, culturelle, de la planète. Par leur action, elles aident à rendre le monde tolérable et, en particulier, aident les Nations Unies à remplir leur mission de maintien de la paix ou de développement.

- 8. Les ONG ne doivent pas devenir un simple alibi utilisé pour tenter de rendre supportables les injustices et les horreurs du monde ; ni devenir, comme cela arrive parfois, quand elles accompagnent des armées en campagne, des auxiliaires des forces en guerre, ni enfin comme c’est le cas en Irak et dans bien d’autres lieux, être abandonnées sans protection dans des lieux de guerre civile.

- 9. Les ONG peuvent donner un sens à la mondialisation, qui n’est souvent , sans elles, que l’internationale des marchés et des guerres. Ces organisations portent aujourd’hui les idées de gouvernement mondial, de fraternité, de droits des générations futures, d’équité sociale, le droit des femmes et des minorités.

- 10. Les ONG donnent un sens à la démocratie, qui n’est souvent, sans elles, qu’une mascarade d’élections, sans enracinement durable dans les peuples. Elles portent d’ailleurs aujourd’hui les combats pour la mise en œuvre des fondements de la démocratie : la liberté d’expression, la protection des femmes et des enfants, la lutte contre la peine de mort, le droit au travail, le droit au crédit, le droit au logement.

- 11. Les ONG donnent un sens à la lutte pour le développement durable, dont elles ont inventé le concept. Elles sont à la pointe du combat pour la protection de la diversité , pour la sauvegarde des langues, des cultures, des espèces animales et végétales, du climat et des ressources rares.

- 12. Les ONG savent même seules , aujourd’hui, lutter efficacement contre la pauvreté, sous toutes ses formes, culturelles, morales et financières. En particulier, elles seules savent comment aider les plus démunis à se prendre en mains, par le microcrédit, arme essentielle de l’avenir.

Pour agir sur ces douze constats, voici douze projets, que je vous propose de faire vôtres.

Douze projets

- 1. L’institution où nous nous trouvons aujourd’hui, les Nations Unies, née de la Seconde Guerre mondiale, n’a commencé réellement à fonctionner que depuis la fin de la Guerre froide, au moment même où, ironie du sort, les nations, qui y sont représentées, perdaient du pouvoir face aux entreprises. Le moment est donc venu de faire naître, à la place de la Troisième Guerre mondiale, une mondialisation de la démocratie.

- 2. Comme les Etats se sont développés dans les interstices du féodalisme, comme le capitalisme s’est glissé dans les petits espaces laissés par les corporations, les ONG sont en train de créer une nouvelle dynamique, transfrontière, nomade, qui sera un jour plus puissante que celle du marché et de la politique.

- 3. Commençons par nous débarrasser d’un mauvais procès : je n’aime pas le nom dont nous affublent les autres : « ONG », un mot qui semble avoir été inventé par ceux qui nous détestent, parce qu’il réunit trois des trois mots les plus détestés, dans toutes les langues : l’un « organisation », évoque la bureaucratie, l’autre, « non », évoque la destruction et, le dernier, « gouvernemental » évoque l’appareil d’Etat. On ne peut faire pire. N’acceptons plus ce nom. Trouvons en un autre : Je propose de nous nommer « Institutions de Solidarité », les IDS . Ce n’est pas un débat anecdotique. Nul n’est rien s’il ne se nomme pas lui-même. Et débattre du nom, c’est débattre de la finalité même de notre action.

- 4. Nos Institutions de solidarité doivent devenir plus professionnelles, plus légitimes dans la désignation de leurs organes dirigeants, plus transparentes dans leur financement. Elles en tireront plus de moyens et plus de pouvoirs . Une charte éthique mondiale devrait définir les conditions de leur admission dans le groupe de celles qui auront le droit d’envoyer leurs représentants dans notre future assemblée mondiale.

- 5. Comme il existe une Assemblée des Nations Unies, et comme les entreprises ont mille et un lieu pour se retrouver, les IDS doivent avoir leur institution. Cela a déjà commencé, d’une certaine façon, avec le Forum Social de Porto Allègre. Pour aller plus loin, il faudrait que notre réunion d’aujourd’hui, si magnifique et pour laquelle nous devons avoir beaucoup de gratitude pour le secrétariat général, devienne institutionnelle et autonome. Je rêve donc d’une ONU des ONG, ou plutôt d’une Organisation Mondiale des Institutions de Solidarité. Une OMIS ou World Solidarity Institutions Organisation : la WSIO .

- 6. Une telle organisation ne devrait pas être l’occasion de nous autocongratuler, mais de définir ensemble des moyens nouveaux d’agir, avec les gouvernements et les entreprises, pour définir les objectifs pour les quinze ans à venir. Beaucoup plus vastes, beaucoup plus ambitieux, beaucoup plus exigeants . Parce que les contradictions de notre planète seront bientôt beaucoup plus aiguës encore qu’elles ne le sont aujourd’hui, sur tous les sujets.

- 7. Un monde sans pauvreté est possible. Pour cela, la microfinance doit devenir une priorité. Elle seule permet de donner à tous les êtres humains les moyens de gagner leur vie. Aujourd’hui, déjà, plus soixante millions de gens en bénéficient. Dans vingt ans, cela pourrait être plus d’un milliard. C’est ce à quoi, pour ma part , je travaille, avec PlaNet Finance, une organisation qui rassemble et soutient tous les efforts faits dans le monde pour donner à chacun, par le microcrédit, les moyens de la mise en œuvre de ses aspirations.

- 8. Un monde sans dictature est possible. Pour cela, le droit d’ingérence dans les pays qui massacrent ou maltraitent leur population devrait être mieux reconnu. Et aucune dictature ne devrait avoir le droit de s’asseoir dans cette salle.

- 9. Un monde fraternel est possible. Il devrait être possible de donner à chacun les moyens de disposer des biens essentiels, qui sont l’eau, l’air, la nourriture, le logement, le savoir, la liberté.

- 10. A terme, une telle gouvernance mondiale devrait se donner les moyens de financer de tels objectifs, par un impôt planétaire sur les émissions de gaz carbonique, qui constitue la plus dangereuse des pollutions.

- 11. Les gouvernements ne pourront pas y parvenir seuls. Et ce n’est pas le rôle des entreprises que d’y concourir. Pour y réussir, il faudra faire triompher progressivement, contre les valeurs de la nation et du marché, celles de l’intelligence, de la fraternité, du respect de l’autre, de la tolérance, de la curiosité, du bénévolat, de la gratuité, du plaisir de faire plaisir, du bonheur trouvé à rendre l’autre heureux. Toutes valeurs que porte en elle l’action de solidarité humanitaire et bénévole.

- 12. Pour réussir ce difficile pari, il conviendra donc de renforcer massivement les moyens dont disposent les IDS. Dans chaque pays, ces Institutions de Solidarité devraient être favorisées fiscalement ; et chacun devrait, au cours de sa vie, avoir le droit de consacrer une partie de son temps, rémunéré, à une organisation de solidarité de son choix. Devrait être aussi affirmé le principe excluant de l’assistance internationale tout pays ne permettant pas aux IDS locales de se développer librement.

Douze constats, douze projets. Et même s’ils ne seront pas mis en œuvre en 24 heures, ils peuvent l’être rapidement : vous avez démontré, depuis longtemps, que l’impossible n’était pour vous qu’un défi légèrement plus intéressant que les autres…

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 02:33

Les ONG, instruments des gouvernements et des transnationales ?


par Julien Teil

 

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Par définition les ONG (organisations non-gouvernementales) se présentent comme indépendantes des États et représentatives des citoyens. En réalité, elles sont de plus en plus souvent subventionnées par des gouvernements et financées par des entreprises transnationales. Bien que dénuées de légitimité démocratique, certaines ambitionnent de participer à la « gouvernance mondiale ». Julien Teil analyse ce phénomène à partir d’une étude de cas, l’association caritative CARE.

 

 

 

Icônes du désintéressement, les ONG sont entrées sur la scène politique mondiale depuis le début du XXe siècle. Certaines entendent désormais participer à la « gouvernance mondiale ». Mais quels intérêts représentent-elles exactement ? Pour répondre à cette question examinons un exemple révélateur, celui de l’une des plus importantes associations humanitaire au monde, CARE-International.

CARE-International est une association humanitaire fondée aux États-Unis, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec les fonds du Plan Marshall. L’association a commencé ses actions en envoyant des ravitaillements de nourriture, médicaments, et autres denrées nécessaires à une Europe déchirée par la guerre. Les premiers vingt mille paquets ont été expédiés au port du Havre le 11 mai 1946. La même année, plusieurs millions de familles, écoles et hôpitaux ont bénéficié de ces colis. CARE-France est l’une des 12 antennes nationales de l’association humanitaire CARE-International et a été fondée, entre autres, par le banquier Jean Guyot et l’avocat Jean Lisbonne.

CARE au sein de la construction Européenne et du Plan Marshall

C.A.R.E est l’acronyme de « Cooperative for American Remittances to Europe » puis de « Cooperative for American Relief Everywhere ». Dans l’optique du Plan Marshall, les Européens devaient être assistés et protégés, au besoin malgré eux, face à la menace soviétique. pour ce faire, ils devaient porter « les valeurs américaines » à la fois conservatrices et libérales et devenir des alliés inconditionnel des États-unis.

La CIA, à partir de 1948, et l’OTAN, à partir de 1949, mirent en place les réseaux stay-behind, chargés de prévenir l’arrivée des communistes au pouvoir et d’ organiser la résistance en cas d’invasion par l’Armée rouge [1]. Ils seront découverts ultérieurement et connus sous le nom générique de Gladio.
Dans la même veine, depuis les États-Unis l’ACUE (American Comittee on United Europe) subventionne toutes les organisations favorables à la construction européenne. Tandis que, côté européen, le « Comité d’action pour les États-Unis d’Europe » lui sert de relai. Il est présidé par le commissaire français au Plan, Jean Monnet. En outre, le Club de Bilderberg sélectionne et promeut les personnalités atlantistes en Europe.  [2].

Jean Guyot, du Trésor français au capitalisme anglo-saxon

Attaché au cabinet de Jean Monnet avant d’être sous-directeur du Trésor, Jean Guyot assure la liaison entre le Plan Marshall (USA) et le Commissariat général au Plan (France).
Plus tard, en 1983, il fondera CARE-France avec le soutien du Plan Marshall comme CARE-International. Puis, en 1992, il créera la Fondation Hippocrène, reconnue d’utilité publique, « pour renforcer la cohésion entre jeunes Européens » [3].

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Jean Guyot

Vient le temps de la CECA, la Communauté Économique du Charbon et de l’Acier, dont Monnet était le concepteur et Guyot le responsable financier.
Selon sa biographie officielle, « Il contribue à crédibiliser la première institution de l’histoire de l’Europe auprès des milieux financiers européens et américains en permettant à la Haute Autorité de la CECA de lancer des emprunts en son nom qui, à l’époque, ne signifiait que peu de chose, en particulier auprès des investisseurs américains » [4].
« Ces opérations sont réalisées avec l’aide d’un petit nombre de financiers dont André Meyer, associé de Lazard, David Rockefeller, qui dirige la Chase Manhattan Bank, et Siegmund Warburg. » [5].

Le haut fonctionnaire Guyot se rapproche ainsi des élites bancaires et financières internationales.
• André Meyer est un Français qui rejoignit la banque Lazard et s’installa aux États-Unis. Il devint « le plus important banquier d’investissement du monde occidental », selon sa nécrologie par le magazine Fortune [6].
• David Rockfeller, héritier de la Standard Oil, est à la fois la principale fortune des États-Unis et un homme d’influence. Il est notamment co-fondateur du Club de Bilderberg [7].
• Siegmund Warburg, fondateur de la principale banque d’investissement britannique, la S. G. Warburg & Co [8].

En 1955, Jean Guyot, sur les conseils de Jean Monnet, quitte la fonction publique et rejoint André Meyer à la banque Lazard, où il reste jusqu’en 2005. « La CECA accroît ainsi sa présence sur les marchés financiers internationaux et Lazard reste proche de l’institution européenne, dont la direction financière est assumée par Paul Delouvrier, successeur de Jean Guyot (…) Plus généralement, ce dernier œuvre en permanence pour la construction d’une Europe financière » [9].
Qu’en termes élégants ces choses là sont dites. Guyot banquier prête de l’argent aux institutions qu’il a dirigé lorsqu’il était haut fonctionnaire. Celles-ci s’endettent pour le plus grand profit de Lazard Frères.

ONG : Impartialité face aux gouvernements ?

Fondée en 1983 par Jean Guyot, CARE-France a été ultérieurement présidé par Marina de Brantes [10], et aujourd’hui par Arielle de Rothschild [11]. Elle est reconnue d’utilité publique par la République française. Sur son site internet, l’ONG se définit comme suit : « CARE est une association de solidarité internationale, non confessionnelle et apolitique ». Est-ce vraiment sûr ?

Prenons l’exemple de la Palestine occupée où CARE-France dépense 3 millions d’euros annuels, soit 20 % de son buget, officiellement pour l’assainissement de l’eau et l’approvisionnement en médicaments. Dans sa documentation, l’ONG s’abstient de toute prise de positions sur les conflits de cette région. Mais dans son rapport moral 2008, elle se vante d’avoir organisé une prestigieuse manifestation en France :
« Le Conseil Pasteur-Weizmann [12] et CARE se sont associés lors d’une soirée exceptionnelle à l’Opéra de Paris, en présence et en l’honneur de Shimon Peres, président de l’État d’Israël et Prix Nobel de la Paix, à l’occasion de sa visite officielle en France et sous la présidence de Simone Veil et de Lily Safra [13]. L’entière recette a été affectée à la recherche scientifique de Pasteur Weizmann et aux programmes humanitaires de CARE ».

On peut légitimement se poser la question de la nature des actions menées en Palestine occupée compte tenu des liens historiques de la famille Rothschild avec l’État d’Israël et du parrainage revendiqué par l’ONG à l’occasion de cette soirée de gala.

ONG et institutions intergouvernementales

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Helene D. Gayle, directrice de CARE-USA, au Forum de Davos, 31 janvier 2009.

À défaut d’assumer leurs liens avec des gouvernements, les ONG transnationales affichent volontiers leurs liens avec des institutions intergouvernementales. Cet aspect est souvent perçu comme un gage de compétence et d’impartialité. Mais cela est bien sûr ?

Ainsi, pour revenir à notre cas d’école, CARE-USA (la maison-mère) est administrée par une brochette d’anciens responsables de la Banque mondiale, à commencer par son président W. Bowman Cutter [14] et sa directrice générale Helene D. Gayle [15]. Selon le site internet de l’ONG [16], son activité principale est la lutte contre la pauvreté et la faim, dans la tradition de ce qu’elle a entrepris en Europe à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Elle revendique de pratiquer un intense lobbying auprès du Congrès et de l’administration Obama pour la mise en place d’un vaste programme public permettant de répondre à la crise alimentaire mondiale actuelle.

Or, la plupart des observateurs considèrent que cette crise alimentaire est imputable aux politiques imposées dans les années précédentes par la Banque mondiale pour imposer la globalisation économique [17]. Dès lors, l’activité humanitaire de CARE apparaît comme une tentative de limiter les effets sociaux dévastateurs de la politique impériale mise en œuvre par la Banque mondiale.

Impartialité face aux intérêts économiques ?

Revenons à Paris. En ce qui concerne la carrière personnelle d’Arielle de Rothschild, en beaucoup de points similaire à celle de ses prédécesseurs Jean Guyot et Marina de Brantes, elle indique une interview à BFM avoir travaillé pour le groupe Rothschild, puis avoir rejoint la banque Lazard. À ce titre, elle a organisé la privatisation de la banque Sahara en Libye (rachetée par BNP Paribas). Lorsque la journaliste lui demande si ses anciennes activités vont lui permettre de diriger CARE-France avec facilité. Elle confirme en indiquant : « Les interlocuteurs in fine sont les mêmes- » [18]

Les banques d’affaires sont des banques de capitaux au long terme, spécialisées dans le financement d’entreprises. Y travailler permet de tisser des liens étroits avec les hauts dirigeants des transnationales, les fameux « interlocuteurs » de Lazard et de CARE. C’est sans doute pourquoi on peut lire, sur le site internet de l’ONG :
« Pourquoi devenir [une entreprise] partenaire de CARE-France ?
• Parce que CARE est une des seules ONG de développement à pouvoir accompagner aussi les entreprises sur leur responsabilité sociale et environnementale
• Pour l’approche globale, partenariale et participative de CARE
• Pour l’approche « pro entreprise » constructive de CARE
• Pour la capacité de CARE à décliner des opérations/campagnes au niveau mondial ».

Partenariats ONG-entreprises

Les partenariats ONG-entreprises sont pour beaucoup d’entre-eux des partenariats ONG-transnationales. Ce mélange des genres ne fait l’unanimité parmi les associations. Il est régulièrement dénoncé, notamment en France par Survie [19] ou Attac [20]. Il existe même des collectifs qui réunissent ces protestataires pour des actions ponctuelles. Ainsi le collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger » a récemment dénoncé un partenariat entre Médecins du Monde, Sherpa et Areva.

Pour les entreprises transnationales concernées, ces partenariats sont l’occasion de faire oublier leur rôle politique contesté et de s’attacher la sympathie que le public éprouve pour l’action des ONG. Dans certains cas, la contradiction est totale entre la pratique des uns et les idéaux affichés par les autres. En d’autres termes, certaines ONG ne défendent pas les idéaux dont elles se réclament, mais servent à blanchir les transnationales qui les subventionnent. Pis, des ONG peuvent utiliser leur statut pour permettre à des entreprises transnationales de jouer un rôle politique masqué. Ce phénomène va croissant avec le développement du rôle des OSC (Organismes de la société civile) au sein de l’ONU [21].

Pour CARE, la liste des entreprises partenaires parle d’elle même : Orange, Sanofi-Aventis, Lafarge, EDF, Starbucks... ; des entreprises qui animent divers lobbies au sein de l’Union européenne, de l’OMS, de l’OMC.

Lafarge est un bon exemple. C’est un groupe français de matériaux de construction, leader mondial des cimentiers. Son activité est très polluante et il l’a développée en provoquant de sévères dommages à l’environnement. Aujourd’hui dirigée par Bruno Lafont, l’entreprise comptait il y a quelques années Hillary Clinton parmi ses administrateurs. À l’époque, la première dame des États-Unis était intervenue pour réduire de 60 % une colossale amende exigée de l’entreprise pour ses violations des lois pourtant laxistes aux États-Unis sur l’environnement. Lafarge est membre de puissants groupes de pression, tel que Entreprises pour l’Environnement (EPE) —que Bruno Lafont préside— ou le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), sans parler de l’European Roundtable of Industrialists (ERT). Et bien sûr, Bruno Lafont participait à la dernière réunion du Club de Bilderberg. Pour l’entreprise transnationale, associer son image à des actions humanitaires, comme celles de CARE-France, est une nécessité de communication.

Complexités du pouvoir et du contre-pouvoir dans la « gouvernance globale »

Il ne s’agit pas ici de minimiser l’apport des ONG sur la scène internationale, ni de les stigmatiser dans leur ensemble au prétexte de la dérive de quelques unes, fussent-elles les plus visibles. Cette réserve ne doit cependant pas nous priver de lucidité face à un phénomène de fond.

Après les États et les entreprises transnationales, c’est au tour des ONG de faire irruption sur la scène politique mondiale. Elles exercent un « soft power », selon l’expression du professeur Joseph Nye, c’est-à-dire une forme de pouvoir moral [22]. Mais constituent-elles pour autant un contre-pouvoir ? Ce n’est qu’exceptionnellement le cas. Plus généralement, les organisations non-gouvernementales agissent de manière autonome, mais sont subventionnées par des gouvernements ou financées par des entreprises parce que leur action prolonge leur politique.

Dans le cas de CARE-International, l’ONG est une création indirecte du gouvernement états-unien dans le cadre du Plan Marshall. Elle poursuit des objectifs particuliers qui s’incrivent dans ceux du Plan et renforcent l’image philanthropique de la politique des États-Unis pour la reconstruction post-Seconde Guerre mondiale. Son action caritative non-gouvernementale participe d’un plan de communication gouvernementale.
Aujourd’hui, sa branche française remplit toujours la même fonction, mais sur d’autres théâtres d’opération. Ainsi, son action caritative non-gouvernementale en Palestine occupée participe du plan de communication du gouvernement colonial israélien.
En outre, CARE-France est financée par des banques et des transnationales qui utilisent son image de bienfaisance pour faire taire les critiques qui les accusent de se comporter comme des prédateurs économiques plutôt que comme des créateurs de richesses.

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David Axelrod, le spécialiste de la création d’ONG pour le compte de transnationales, est aujourd’hui conseiller en communication de Barack Obama.

Aux États-Unis, le cabinet ASK Public Strategies s’est spécialisé dans la création d’ONG pour le compte de transnationales. Le but est de permettre aux entreprises de peser indirectement sur le débat public. Cette méthode suppose évidemment que l’on conserve secret le lien entre l’ONG et la transnationale qui la finance. La découverte de celui-ci peut s’avérer dangereux, comme lorsque la presse révéla que l’association de consommateurs pour une électricité fiable, CORE, était en réalité une création d’ASK Public Strategies pour le compte des centrales nucléaires civiles Excelon. Quoi qu’il en soit, le fondateur d’ASK Public Strategies, David Axelrod, est aujourd’hui le conseiller principal du président Barack Obama.

Au début du XXe siècle, le sénateur belge Henri La Fontaine créa l’Union des associations internationales [23]. Celle-ci joua un rôle dans la constition de la Société des Nations, ancêtre de l’ONU, et de l’Institut international de coopération intellectuelle, qui préfigura l’UNESCO. À l’époque, l’idée était que la paix n’était pas simplement affaire des gouvernements, mais concernait tout un chacun. Les associations se devaient de jouer un rôle éducatif.

Aujourd’hui, le Conseil économique et social des Nations Unies a accordé un statut consultatif à 3 195 ONG qui leur permet d’avoir accès aux conférences internationales à la fois pour s’y informer et pour pousser leur idées [24]. Leur liste constitue un inventaire à la Prévert. Bien sûr, aux côtés de CARE-International, on trouve des associations regroupant des entreprises transnationales (par exemple le Business Council for Sustainable Development cité plus haut ou le World Economic Forum de Davos) et des associations paravent de la CIA (comme la Ford Foundation [25] ou la Freedom House [26]). En d’autres termes, avec le temps, on s’est singulièrement éloigné du principe fondateur de participation des individus à la paix.

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Jacques Attali

Dans cette perspective, Jacques Attali [27] a proposé de créer une Organisation des Associations Unies, dotée d’un pouvoir décisionnaire et participant à une nouvelle « gouvernance mondiale » [28]. Les ONG tireraient leur légitimité de leurs « combats pour la mise en œuvre des fondements de la démocratie : la liberté d’expression, la protection des femmes et des enfants, la lutte contre la peine de mort, le droit au travail, le droit au crédit, le droit au logement » (sic).
Ce projet consacre la lente dérive de grandes ONG qui entendent utiliser leur image pour s’emparer de leviers de décision politique au détriment de la souveraineté des peuples.



 Julien Teil
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[1] « Stay-behind : les réseaux d’ingérence américains », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 20 août 2001. Les Armées Secrètes de l’OTAN, par Daniele Ganser, éditions Demi-lune, 2007.

[2] « Histoire secrète de l’Union européenne », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 28 juin 2004.

[3] Voir le site internet de la Fondation Hippocrène.

[4] Op. cit.

[5] Op. cit.

[6] Financier - The Biography of André Meyer : A Story of Money, Power, and the Reshaping of American Business, par Cary Reich, John Wiley & Sons, 396 pp., 1983. Version française : Un financier de génie : André Meyer, Belfond, 293 pp., 1986.

[7] Mémoires, par David Rockefeller, Fallois, 507 pp., 2006.

[8] Un homme d’influence, biographie de Siegmund Warburg, par Jacques Attali, Fayard, 571 pp., 1992.

[9] Ces messieurs de Lazard, par Martine Orange, Albin Michel, 354 pp., 2006.

[10] Marina Sauvage de Brantes était l’épouse de Guy Sauvage de Brantes, qui fut associé-gérand chez Lazard Frères aux côtés de Jean Guyot, puis directeur du maroquinier Hermès. De ce fait, elle est aussi la belle-sœur d’Anne-Aymonde Giscard d’Estaing. Son fils Emmanuel de Brantes est chroniqueur mondain à la radio et à la télévision.

[11] Arielle Malard-de Rothschild est l’épouse du propriétaire du journal Libération, Edouard de Rothschild. Le couple était proche de Nicolas et Cécilia Sarkozy qui sont venus passer leurs vacances avec eux dans leur résidence de La Baule.

[12] L’association Pasteur Weizmann a été créée à l’initiative de Simone Veil lorsqu’elle était ministre de la Santé. Elle permet à l’institut Pasteur (France) et à l’Institut Weizmann (Israël) de mener ensemble des programmes de recherche contre le cancer.

[13] Lily Safra est le veuve du banquier libano-israélien Edmond Safra, mort assassiné à Monaco, en 1999. Il était, entre autres, le principal mécène de l’Institut Weizmann en Israël.

[14] W Bowman Cutter fut chargé de la réorganisation de la Banque mondiale en 1983 sous la présidence d’Alden W. Clausen. Durant l’administration Clinton, il est adjoint de Robert Rubin. À ce titre, il est l’un des pères des législations qui ont conduit à la financiarisation de l’économie et à la crise financière mondiale de 2008. Il a théorisé les bienfaits de la globalisation pour le Council on Foreign Relations. M. Cutter était un des responsables de l’équipe de transition Obama-Biden. Il a supervisé le choix des hauts fonctionnaires qui dirigent le Bureau du Budget.

[15] Le Dr Gayle est pédiatre. Elle a dirigé le département Santé de la Banque mondiale. Elle est administratrice du Council on Foreign Relations et du Center for Strategic and International Studies. En tant que médecin militaire, elle a le rang de contre-amiral dans l’U.S. Navy.

[16] Site officiel de CARE-USA.

[17] « Retour sur les causes de la crise alimentaire mondiale », par Damien Millet et Éric Toussaint, Réseau Voltaire, 7 septembre 2008.

[18] Interview BFM du 13 décembre 2008.

[19] Site officiel de Survie.

[20] Site officiel d’Attac-France.

[21] « Organisations non (?) gouvernementales », par Thibault Le Texier, La Lettre du Forum de Delphes, novembre 2007.

[22] Bound to Lead : The Changing Nature of American Power, par Joseph Nye, New York, Basic Books, 1990.

[23] Site officiel de l’UIA. L’Union des associations internationales est aujourd’hui présidée par le Française Anne-Marie Boutin, conseiller référendaire à la Cour des comptes.

[24] Site officiel du département ONG du Conseil économique et social de l’ONU.

[25] « La Fondation Ford, paravent philanthropique de la CIA » et « Pourquoi la Fondation Ford subventionne la contestation », par Paul Labarique, Réseau Voltaire, 5 et 19 avril 2004.

[26] « Freedom House : quand la liberté n’est qu’un slogan », Réseau Voltaire, 7 septembre 2004.

[27] Jacques Attali est aujourd’hui président de la banque virtuelle PlaNet Finance, dont la direction est assurée aux USA par Pierre Albouy du groupe Rothschild et au Conseil consultatif de laquelle siègent Michael David-Weill, Jean-Marie Messier et Felix Rohatyn, les leaders historiques de la banque Lazard.

[28] « Discours au sommet mondial des ONG », par Jacques Attali, Réseau Voltaire, 10 septembre 2004

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 02:29

Les liaisons incestueuses des ONG avec les Etats et les transnationales
par Julien Teil

 

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Pour conduire leur action, les ONG humanitaires courtisent les gros donateurs : les firmes transnationales et les Etats. Cette proximité favorise l’affairisme des dirigeants et la politisation des grands causes. Lentement, certaines associations dérivent vers des objectifs sans rapport avec leurs buts officiels. Julien Teil explore cette évolution à travers plusieurs exemples.

 

 

 

De nombreux programmes de solidarité internationale sont plébiscités par les organisations inter-gouvernementales, suivis de près par les ONG et les médias. Certains d’entre eux ne semblent pourtant pas représenter les valeurs et idéaux qu’ils revendiquent. Un court panorama permet de déchiffrer certaines relations qui y sont nouées. Nous nous attarderons ici sur un concept né dans les années 90 et sur un programme de solidarité en cours d’élaboration. Il ne s’agit pas d’accuser les différents acteurs et intermédiaires de ces programmes, mais d’analyser les rapports qui y sont entretenus, afin de dresser un tour d’horizon de la perspective dans laquelle ils s’engagent.

Le 1%, l’Afrique et ses réseaux

C’est lors de l’émission La marche du Siècle du 5 janvier 1994 que le président du Conseil général des Hauts-de-Seine et ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, déclare : « Il faut que la France prenne la tête d’une véritable croisade en faveur du développement. On sait qu’à l’heure actuelle, tous les experts sont là pour le dire, si nous consacrons à l’aide au développement des pays sous industrialisés, sous-développés, l’équivalent de 1 % de notre PIB, le problème serait résolu ». Cette pratique est d’ailleurs déjà instituée au sein de la société d’économie mixte (SEM) Coopération 92, fondée à l’initiative de M. Pasqua et dirigée par ses proches.
Les actions réelles de Coopération 92 au Gabon ont été réalisées sans appels d’offre et se sont avérées fort coûteuses. Sans lien officiel avec ce qui précède, des sommes équivalentes à ce qui a été dépensé ont été offertes par le chef de l’Etat gabonais pour financer les activités politiques de M. Pasqua et de ses collaborateurs. [1]. Ce n’est que 14 ans plus tard, le 24 octobre 2008 que le Conseil général des Hauts-de-Seine vote la dissolution de la société, qui faisait pourtant l’objet de vives critiques depuis plus d’une décennie. L’opposition (PS, Verts, PC) dénonçait son opacité et regrettait l’absence d’ONG dans les projets [2].

Le fait de consacrer une partie du budget d’un organisme public ou mixte à des opérations de solidarité internationale alors que ce n’est pas la vocation de cet organisme constitue un détournement de fonds publics, quelque soit le caractère louable de ces opérations. Ou plutôt, « constituait un détournement de fonds », car la loi Oudin-Santini, entrée en vigueur le 27 janvier 2005, permet aux communes, à certains établissements publics de coopération, aux syndicats mixtes en charge des services publics d’eau potable, aux agences de l’eau, etc., d’affecter 1% de leur budget à des actions de solidarité internationale et de coopération. Cette loi, selon André Santini « est à la fois un moyen d’exporter le modèle de gestion français de l’eau, mais aussi un moyen de conquête de nouveaux marchés pour les groupes français » [3].

Cette disposition législative a légalisé une pratique jusque là délictuelle existante notamment dans certaine agences de l’eau (Seine Normandie et Rhin-Meuse), dénoncèes par la Cour des comptes en 2002 [4].

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Les truculents Charles Pasqua et André Santini ont créé un réseau d’ONG de développement inextricablement lié à la Françafrique.

André Santini, principal auteur de cette loi, était le vice-président du groupe d’étude parlementaire sur les problèmes de l’eau. Ce proche de Charles Pasqua était par ailleurs son vice-président au Conseil général des Hauts-de-Seine, président du Syndicat des eaux d’île-de-France (SEDIF) et du Comité du Bassin Seine Normandie.
La gestion des eaux en Île-de-France a été confiée jusqu’en 2010 à la Générale des eaux, renommée Vivendi Environnement, puis Veolia.
Au Comité du Bassin Seine Normandie, responsable de l’eau dans sa région, M. Santini est secondé par un vice-président, Paul-Louis Girardot, par ailleurs président du conseil de surveillance de Veolia Eau et vice-président du conseil d’administration de Veolia Environnement.

Veolia Environnement a lancé en 2006 son comité d’évaluation indépendant afin « d’enrichir la vision stratégique de Veolia Environnement ». On y trouve entre autres Jean Michel Severino, directeur général de l’Agence Française de Développement (AFD) et Philippe Lévêque directeur général de l’ONG Care France. Care France bénéficie du partenariat en vigueur par l’intermédiaire de la loi Oudin-Santini et remercie les différentes agences de l’eau ainsi que le conseil général des Hauts de Seine dans son rapport d’activité 2009.

Premier bénéficiaire de la loi Santini et premier partenaire de Coopération 92, l’association SOS Sahel se consacre à reverdir le désert. C’est suite à la grande sécheresse des années 1973-1974 que Léopold Sédar Senghor, alors président du Sénégal, invita la société civile française et africaine à créer une association afin de lutter contre la famine. Ainsi est née à Dakar, en Novembre 1976, SOS Sahel.

L’ONG Action Contre la Faim milite pour « ratifier [la loi Santini] à l’échelle européenne (afin de pouvoir aider plus de personnes à avoir un accès à l’eau et à l’assainissement et ce en accord avec les Objectifs du Millénaire) » [5]. Cette proposition devrait susciter de vives critiques dans la mesure ou elle consiste à légaliser à l’échelle européenne une pratique qui reste délictuelle dans de nombreux Etats.

Action Contre la Faim est une association internationale créée en novembre 1979 sous le nom d’Action Internationale Contre la Faim (AICF) sous l’égide d’intellectuels atlantistes dont Françoise Giroud, Guy Sorman, Jacques Attali et Bernard-Henry Lévy. Il s’agissait à l’époque de nourrir au Pakistan les islamistes afghans fuyant l’Armée rouge.
Quatre mois après sa fondation, en février 1980, AICF participe à un évènement médiatique : « la marche pour la survie ». A l’appel de Médecins sans frontières, des célébrités escortent un convoi humanitaire qui est arrêté à la frontière cambodgienne. S’en suivent des images déchirantes où Bernard Henry-Lévy et Elie Wiesel supplient les troupes communistes vietnamiennes de laisser passer l’aide humanitaire destinée aux Khmers rouges, qu’ils viennent de renverser et laisseraient mourir de faim. La marche a été organisée en sous-main par la CIA avec l’aide de Claude Malhuret [6]. Il s’avérera ultérieurement qu’il n’y a pas eu de famine dans les camps de réfugiés Khmers rouges.

La création de l’association aurait été financée par Michel David-Weill, alors président de la banque franco-américaine Lazard et politiquement engagé dans la croisade anti-soviétique. Jean Guyot, qui lui est entré en 1955 chez Lazard, sera le fondateur et le premier président de l’ONG CARE France.
Guy Sorman explique : « David-Weill voulait nous faire ce chèque. Mais à l’époque, celle du contrôle des changes, c’était compliqué de transférer des fonds entre les Etats-Unis et la France. Nous avons donc décidé de créer une filiale américaine » [7].

Ainsi, les liens entre les collectivités locales, les ONG et de généreux mécènes paraissent entachés d’arrières-pensées politiques ou affairistes bien éloignées des idéaux affichés.

La Global Water Initiative et le programme Water Efficient Maize for Africa

En 2007, un généreux mécène offre 15 millions de dollars annuels sur 10 ans à un collectif d’ONG pour des actions de long terme favorisant l’accès à l’eau. C’est la Global Water Initiative (GWI).

Le projet est conduit au Burkina Faso, au Mali, au Niger, au Sénégal et dans neuf autres pays d’Afrique et d’Amérique centrale. Il ambitionne de fournir aux communautés un accès durable à l’eau potable et aux systèmes d’assainissement, et surtout un accès à l’eau pour les besoins de la production rurale.

Sept ONG participent à la GWI :
- Action Against Hunger / Action contre la Faim (AAH / ACF)
- CARE [8]
- Catholic Relief Services (CRS)
- The World Conservation Union - IUCN
- International Institute for Environment and Development (IIED)
- Oxfam America
- SOS Sahel. [9]
Le programme a été façonné par David Blanc (directeur du département des opérations d’Action Contre la Faim USA) en collaboration avec la Howard G. Buffett Foundation qui finance le projet dans sa totalité [10].

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Howard G. Buffett

Howard Graham Buffett est le fils de Warren Buffett, classé deuxième fortune mondiale par le magazine Forbes en 2008. Il se présente comme un agriculteur, philanthrope, passionné de photographie. Son parcours passe malgré tout par la gestion de plusieurs entreprises dont l’Archer Daniels Midland de 1992 à 1995, l’une des plus importantes sociétés agro-alimentaires des Etats-Unis. Cette société, négociante en céréales, exerce une influence importante dans la diffusion des organismes génétiquement modifiés (OGM). La fondation Howard G. Buffett est née en 1999 et s’est donnée pour mission de procurer l’accès aux besoins essentiels pour les populations les plus démunies et marginalisées du monde. La fondation accorde une importance particulière à l’accès à l’eau en Amérique Centrale et en Afrique, ainsi qu’au développement des ressources agricoles pour les petits agriculteurs locaux.

Parmi les sept participants à la GWI, l’IIED (International Institute for Environment and Development), a joué un rôle idéologique de premier plan dans la renaissance du malthusianisme et la mobilisation contre le réchauffement climatique.
Grâce à un financement de l’Aspen Institute [11], l’IIED a été fondé en 1971 par l’économiste britannique Barbara Ward (aussi connue sous le nom de baronne Jackson of Lodsworth) et par l’homme d’affaire canadien Maurice Strong, qui fut le maître d’oeuvre des « sommets de la Terre ».
L’IIED est de nos jours financé par des ministères (ministère français de l’Ecologie, ministère britannique des Affaires étrangères, etc..) ; par des agences supra étatiques (Banque mondiale, FAO, Commission européenne, etc.) ; par des ONG (Care Danemark, etc.) et par un incroyable nombre de fondations (Rockefeller Foundation, Ford Foundation [12], etc.).

L’IIED est actuellement présidé par Camilla Toulmin, qui a auparavant géré son programme « terres arides » de 1987 à 2002. Son parcours lui a notamment permis d’étudier le renforcement des alliances dans le domaine du développement durable, les droits fonciers en Afrique et dans toutes les régions. Son travail s’est concentré sur le développement social, économique et environnemental dans les zones arides d’Afrique. Elle est d’ailleurs l’auteur d’un compte rendu, co-écrit avec Simon Pepper (président du WWF–Ecosse) dont le titre est Réforme foncière au Nord et au Sud. Une des conclusions de ce rapport est édifiante : « En Afrique, le programme de réformes foncières est en grande partie à l’ordre du jour du fait des donateurs internationaux, tels que la Banque mondiale, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et les Etats-Unis. Cet engagement provient du sentiment qu’une réforme foncière est indispensable en vue d’assurer une sécurité foncière suffisante pour favoriser l’investissement dans l’agriculture, réduire les conflits et allouer des terres aux utilisateurs plus productifs. Cette vision table également sur l’ouverture de nombreux pays africains aux investissements extérieurs dans l’agriculture. On estime que les entreprises internationales ont besoin de titres de propriété sécurisés avant d’investir leurs capitaux dans les économies africaines à haut risque. Il y a aussi d’importants intérêts nationaux qui poussent à l’acquisition des terres coutumières lorsque celles-ci sont mises sur le marché. » [13]. Une conclusion sans doute en adéquation avec les intérêts réels des approbateurs du GWI, dont la fondation Howard Buffett est l’unique investisseur.

Parallèlement, la fondation Howard Buffett et la fondation Bill & Melinda Gates financent le programme Water Efficient Maize for Africa (WEMA) à hauteur de 47 millions de dollars. Il a pour objectif de résoudre les problèmes de sécheresse rencontrés par les cultures locales africaines en créant de nouvelles variétés de maïs en collaboration avec Monsanto, le géant US des organismes génétiquement modifiés (OGM) [14]. Le programme est encadré par l’USAID.

Dans le cas du GWI et du WEMA, les intérêts privés sont encore surreprésentés : D’une part à travers les fondations issues du privé qui financent ces projets. Mais aussi par l’incontestable rôle que jouent les multinationales dont les représentants participent parfois à l’administration des dites ONG. Là encore, les contradictions entre le concept de solidarité et les intérêts représentés sont flagrantes.

Solidarité et gouvernance mondiale

Les deux exemples succinctement exposés sont représentatifs d’une réalité équivoque. De nombreux autres programmes censés répondre aux problématiques humanitaires reposent sur des partenariats entre secteurs public, humanitaire et marchand. En outre, le microcrédit est une composante qui est couramment ajoutée à certains de ces programmes. Pourtant le social business (ou entreprenariat social) recouvre lui aussi une réalité bien moins efficace que ce que prétendent ses fameux disciples : Jacques Attali, fondateur de Planet Finance et Bill Drayton, fondateur d’Ashoka Fund [15].

Le microcrédit et les partenariats entre ONG et entreprises font actuellement l’objet de discussions fructueuses. Certains y perçoivent une solution à la crise économique mais aussi une réponse aux enjeux sociaux et environnementaux de ces dernières années. Leurs existences reposent sur de nombreux forums qui érigent ces nouveaux modèles de gouvernance associative en tant qu’expression de la société civile au sein de la « future gouvernance mondiale » [16].

Malgré les divergences évidentes entre la société civile et les entreprises privées transnationales, les ONG accompagnent bien plus le secteur privé et les Etats qu’elles n’agissent comme acteurs indépendants, voire comme contre-pouvoir.
Ce comportement manifeste la lente dérive des grandes ONG de solidarité internationale, celles-ci représentant progressivement la défense d’intérêts extérieurs à la démocratie. Pis, l’idée —qui fait son chemin— d’une gouvernance mondiale à laquelle des ONG seraient associées est contradictoire avec la définition de la démocratie.

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 18:29

 

MSF, Medecins du Monde, la Croix Rouge, et consorts... Du droit d'ingerence à la guerre preventive, et autres maladies kouchneriennes...

Que penser de l'humanitaire et de ses ONG* qui au nom des droits de l'homme bafouent la souveraineté d'un pays (Biaffra, Rwanda, Kosovo...) et s'immiscent dans sa vie publique, politique et economique?

Legitimité des ces ONG? N'est ce pas aux Etats de gerer leurs problemes interieurs?

Interets des ONG? ideologie normative droits-de-l'hommiste (mediatisation/emotion/intervention militaire de l'ONU)?

Financement de ces ONG?

Aspects positifs/negatifs de l'action de ces ONG?

 

Independance vis à vis de l'ONU et des USA?

 

 

Et au risque de passer pour un immonde... et les Français dans tout ca?

 

Pour mettre une fessée dialectique et politique a tous les bien-pensants "citoyens du monde", et, à l'occasion, à ces jeunes cools qui vous interpellent dans la rue pour que vous fassiez un don à leur ONG afin de construire un hopital ou une ecole dans tel ou tel petit village d'Afrique... intention a priori louable, n'est ce pas?...

 






 

 

*les ONG sont reconnues par l'ONU depuis 1948. Il en existait alors 41, il en existe aujourd'hui plus de 4000.

 

 

 

 

 

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