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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 20:06

Article publié dans la revue Réfléchir et Agir (septembre 2008)

Il est strictement impossible de comprendre le sens des événements de mai 68 si l’on ignore toute la dimension politico-religieuse propre au judaïsme. Le fait est que les intellectuels juifs et les activistes juifs ont joué un rôle clef au cours de ces événements. Le mensuel sioniste Israël Magazine a publié en juillet 2008 un article très éloquent à ce sujet, sous la plume d’une certaine Noémie Grynberg. L’article est accompagné d’un encadré intitulé “Les principaux leaders juifs de mai 68” qui présente une liste de juifs révolutionnaires. Cette liste aurait sans doute valu un procès en correctionnelle il y a quelques années au pauvre goy qui se serait permis de la publier. Mais aujourd’hui, fort heureusement, une brèche a été creusée dans le mur de la censure, et la parole est en train de se libérer.

Voici encore ce qu’écrivait il y a dix ans Yaïr Auron, un historien israélien, dans un livre intitulé Les Juifs d’extrême gauche en mai 1968, publié pour le trentième anniversaire des “événements” : « Sur les “quatre grands” de mai 68, Daniel Cohn-Bendit, Alain Krivine, Alain Geismar, Jacques Sauvageot, les trois premiers sont juifs. » C’est aussi ce que nous dit Daniel Cohn-Bendit dans son autobiographie, Le Grand Bazar *** : « Les Juifs représentaient une majorité non négligeable, si ce n’est la grande majorité des militants. »

Dix ans auparavant, en 1988, le quotidien Le Monde avait déjà publié, le 12 juillet, un article sur le rôle des juifs en mai 68 : « Le mouvement de mai 68 fut-il une “révolution juive” ? » L’article revenait sur un colloque organisé sur ce thème le 7 juillet par la revue communautaire Passages. Dans son numéro huit***, Benoît Rayski y écrivait : « Il y eut, en mai 68, des cohortes compactes de juifs, tous engagés, au sommet ou à la base, dans les partis, mouvements et groupuscules qui constituèrent le fer de lance de cet événement insurrectionnel… Ils y occupaient une place majeure, parfaitement hors de proportion avec le nombre de juifs en France… Tous, ou presque venaient d’un milieu géographiquement très défini : l’Europe centrale ou l’Europe de l’Est. Tous ou presque sortaient de familles qui avaient sacrifié aux idéologies révolutionnaires du XXe siècle : bolchevisme, commu-nisme, trotskisme, bundisme, anarchisme… On y trouvait pêle-mêle les martyrs de l’Affiche rouge, les juifs du Komintern, inlassables commis voyageurs de la révolution mondiale, les dirigeants juifs et communistes des Brigades internationales, les jeunes insurgés du ghetto de Varsovie, etc. »

Ce sont bien en effet des militants juifs qui animèrent les mouvements révolutionnaires, en s’inspirant d’un messianisme spécifiquement judaïque. Les juifs attendent leur messie, c’est bien connu, et ils militent continuellement afin de préparer sa venue. Leur projet, leur “mission”, comme ils disent, est d’instaurer sur terre une “paix” absolue et définitive. Tous les conflits doivent disparaître : entre les nations, entre les religions, entre les classes sociales. Et pour ce faire, les juifs, partout où ils sont, travaillent sans relâche à détruire les identités nationales et les aristocraties. Quand toutes les nations auront été détruites, quand il ne restera plus que les juifs sur cette terre, alors, c’est sûr, il arrivera, Machiah !

Le judéo-bolchevisme

Cette inclination de nombreux juifs à s’engager dans les mouvements révolutionnaires ne date évidemment pas de mai 68. Déjà en 1917  sans remonter plus avant  on les voit à l’œuvre en Russie, s’activant fébrilement à détruire la société chrétienne traditionnelle en brandissant des théories sociales et économiques. Noémie Grynberg écrit ici : « La proportion de Juifs dans les mouvements révolutionnaires, que ce soit en 1917 ou en 1968, est importante… Mai 68 fait appel aux deux grands théoriciens de la gauche révolutionnaire : Marx et Trotski. Eux-mêmes juifs, ils cherchent à travers le communisme une réponse au problème juif. » [lire : à la névrose juive, ndlr].

Tout au long des trente premières années du régime bolchevik, les doctrinaires juifs, les fonctionnaires juifs, les tortionnaires juifs, ont ainsi joué un rôle absolument épouvantable dans les atrocités qui ont été commises contre les Russes et les Ukrainiens. Nous ne récapitulerons pas ici la liste interminable de ces criminels bolcheviks. Alexandre Soljénitsyne a d’ailleurs établi un constat accablant dans le deuxième volume de son livre intitulé Deux Siècles ensemble, paru en 2003. L’ouvrage de Soljénitsyne est d’ailleurs le premier sur la question à avoir été commercialisé dans les grands réseaux de distribution.

Le mouvement trotskiste

Le mouvement trotskiste est lui aussi très largement influencé par la présence en son sein de militants d’origine juive, et principalement de juifs d’Europe centrale. Dans Les Trotskistes (Fayard, 2002), Christophe Nick montre que les principaux cadres de ce courant sont des Juifs ashkénazes : Pierre Frank, le fondateur du Parti communiste internationaliste, est le père de la tendance pabliste, qui donna naissance à la Ligue Communiste révolutionnaire. « Il est né à Paris en 1905, de parents fraîchement débarqués de Vilna en Lituanie. »

Barta est le fondateur de l’Union communiste internationaliste en 1947. Il est né en 1914 à Buhusi, en Roumanie, dans une famille de petits commerçants juifs. Son vrai nom est David Korner. C’est un militant de l’ombre : celui qui est à l’origine du courant qui deviendra Lutte ouvrière, n’a accordé qu’une seule interview dans sa vie : à un ancien militant de LO, pour une thèse universitaire. Autre grande figure du trotskisme français : Pierre Lambert, le fondateur de la troisième grande organisation trotskiste française. Son vrai nom est Pierre Boussel. Il est né le 9 juin 1920 à Paris, de parents juifs russes fraîchement débarqués. Le chef historique de la Ligue communiste révolutionnaire, Alain Krivine, est issu d’une famille arrivée de Russie à la fin du XIXe siècle. Henri Weber, aujourd’hui sénateur socialiste, et qui fut cofondateur de la Ligue communiste avec Alain Krivine, vient d’Europe centrale : « En 1938, à la veille de la guerre, ses parents, horlogers juifs, vivent à Cznanow, en Haute Silésie. » Maurice et Charly Najman, « les deux des principaux leaders trotskistes des étudiants et lycéens des années 1968-1978 », ainsi que Robi Morder « autre leader lycéen des années 1970 » viennent eux aussi d’Europe centrale, tout comme Michel Rodinson, le fils de Maxime, directeur de la publication de Lutte ouvrière. Le 8 octobre 1998, le journal L’Express révéla la véritable identité du mentor d’Arlette Laguiller, la pasionaria de Lutte ouvrière : le fameux et mystérieux Hardy s’appelle en réalité Robert Barcia ; il est né en 1928 à Paris, et a fait ses premières armes avec Barta. L’historien israélien Yaïr Auron épingle aussi Marc Kravetz qui « a joué aussi un rôle important en mai 68. Il est également d’origine juive. »

Les trotskistes en mai 68

C’est au cours des événements de mai 68 que le trotskisme connut son heure de gloire. Le 19 mai se réunirent les dirigeants des trois plus importantes organisations trotskistes, pour décider de la formation d’un comité permanent de coordination et appeler à l’unification. Barcia, pour l’UCI rencontra à cette occasion « Pierre Frank et Michel Lequenne pour le PCI, Alain Krivine et Daniel Bensaïd pour la JCR. Ensemble, ils rédigent une proclamation solennelle », écrit Christophe Nick. Avec Alain Geismar, le chef maoïste et Daniel Cohn-Bendit, qui représentait le courant anarchiste, on peut dire que la révolte de mai 1968 était bien tenue en main.

A la Ligue communiste révolutionnaire, dit Christophe Nick, le cinéaste Romain Goupil « est habité par la haine de ceux qui vivent dans l’obsession du ghetto de Varsovie. Une haine qui l’a poussé à risquer sa peau, encore dans les années 90, à Sarajevo, où, dans un petit film pour la télé, il fonçait au volant d’une voiture banalisée sur Sniper Allee, en cible volontaire pour les tireurs serbes, répétant mille fois dans le micro de son mégaphone “Sarajevo-Sarajevo-Sarajevo-Sarajevo…” en passant les vitesses. » (C. Nick, p. 73). Après 1968, c’est à Romain Goupil que les trois dirigeants de la Ligue – Alain Krivine, Daniel Bensaïd et Henri Weber – avaient confié le mouvement de jeunesse.

On pourrait encore évoquer le “belge” Ernest Mandel, qui fut le secrétaire de la IVe Internationale et le conseiller économique de Castro à Cuba, ainsi que Boris Fraenkel (suicidé en 2007), qui fut le traducteur du théoricien Wilhelm Reich en français (Cf. Les Espérances planétariennes).

En 1968, le responsable du Service d’ordre de la Jeunesse communiste révolutionnaire était Pierre Shapira. Jean-Luc Benhammias, futur membre du Conseil économique et social et ancien secrétaire national des Verts, se souvient de ces heureuses années lycéennes ; tout comme le philosophe  une nullité !  André Glucksmann, qui a, quant à lui, quitté la Jeunesse communiste révolutionnaire pour rejoindre les maoïstes de la Gauche prolétarienne.

Le shabbes goy

Dans les années 70, s’illustreront des personnalités comme Gérard Karstein, qui prendra la tête du mouvement lycéen et étudiant de 1973. La Ligue communiste était alors l’incontestable animatrice du mouvement, avec sa figure étudiante de l’époque : Michel Field, qui deviendra animateur de télé. Gérard Karstein fut aussi à l’origine des comités de soldats dans les années 70.

« Ces exemples pourraient se multiplier à l’infini », écrit Christophe Nick. « A la LCR, dans les années 70, l’humour résumait bien la situation : « Pourquoi ne parle-t-on pas yiddish au bureau politique de la Ligue communiste ? Parce que Bensaïd est séfarade ! » En effet, Daniel Bensaïd, originaire d’Afrique du Nord (séfarade), ne comprenait pas le yiddish des autres responsables trotskistes, qui eux étaient ashkénazes.

Yaïr Auron confirme ici les propos de Christophe Nick : « Sur les douze membres du bureau politique de la Ligue à ses débuts, s’ajoutaient à Bensaïd dix autres Juifs originaires d’Europe de l’Est et un seul membre non juif. »

D’aucuns parleraient de shabbes goy, c’est-à-dire du « goy de service », chargé dans les familles juives de leur ouvrir la porte et d’appuyer sur les boutons durant shabbat.

Chez les maoïstes, la tendance était la même : la Gauche prolétarienne avait à sa tête Alain Geismar, qui fut par la suite inspecteur général de l’Education nationale, et Benny Lévy (alias Pierre Victor), qui deviendra le secrétaire particulier de Jean-Paul Sartre avant de faire sa téchouvah et son alyah (sa montée en Israël). Ce dernier est devenu ensuite rabbin et professeur dans une yéshivah (école juive) de Jérusalem. De même, écrit Yaïr Auron, « à la tête de la direction de l’organisation étudiante du parti communiste français dans les années 70, se comptaient également de nombreux Juifs. » On pense par exemple à Pierre Zarka, qui deviendra le directeur du journal L’Humanité.

Le communisme : un outil indispensable pour canaliser les oppositions

La plupart des Occidentaux n’ont jamais entendu parler de cette implication des juifs dans le communisme. Le fait est que dans toutes les sociétés démocratiques, la finance et les médiats sont très largement entre les mains de gens qui n’ont pas du tout intérêt à ce que soit révélé le rôle de leurs congénères dans les monstruosités commises en Russie de 1917 à 1947. On préfère alors parler du juif faible et innocent, toujours bouc émissaire, toujours persécuté sans raison. Et ça marche ! C’est ainsi qu’on peut balayer trente millions de morts sous le tapis.

L’idéologie communiste a finalement laissé des traces beaucoup plus visibles en Occident. Après un siècle de combats, on se rend compte en effet que le seul résultat tangible du communisme local en France est d’avoir transformé ses municipalités en villes du tiers-monde, dans une étonnante conjonction de vue avec le patronat. Si au XIXe siècle, le marxisme se traduit d’abord par la défense du monde ouvrier, la fin du XXe siècle va révéler en pleine lumière toute l’importance de l’universalisme qui lui est consubstantiel, avec son projet de société mondiale, d’Etat mondial, de gouvernement mondial. C’est d’ailleurs exactement le projet concocté par la finance internationale, et il n’y a vraiment rien d’étonnant à cela, si l’on veut bien considérer que ce sont les mêmes personnes qui s’activent derrière ces rideaux de fumée idéologiques nous promettant un monde de “paix” et un avenir radieux.

L’URSS s’est effondrée, et l’idée communiste peut à nouveau jouer correctement son rôle, en toute conformité avec ses principes, qui est celui d’être l’aiguillon de la démocratie, à l’intérieur même de la démocratie libérale, finalement seule capable de nous frayer la voie vers la société mondiale. Car c’est dans l’opposition active que le communisme est véritablement efficace. C’est dans l’opposition qu’il peut rendre les meilleurs services, puisqu’il permet de maintenir les opposants au système libéral dans les perspectives planétariennes. Il est en quelque sorte la soupape de sécurité d’un système libéral désespérant, qui, du fait de son absence de transcendance et de ses aspirations purement matérialistes, engendre fatalement des oppositions radicales. Celles-ci sont alors récupérées par l’idéal communiste et conservées dans le bouillon du mondialisme. Sans lui, les opposants à la démocratie bourgeoise et à la société de consommation se porteraient inévitablement vers les mouvements de réactions identitaires et ethniques, ce que le système cosmopolite ne souhaite à aucun prix. Le scénario qui se déroule sous nos yeux est donc celui que George Orwell avait imaginé dans son fameux roman-fiction intitulé 1984, dans lequel le chef de l’opposition clandestine, le fameux et insaisissable Goldstein, n’était finalement rien d’autre qu’un agent du système ayant pour mission de canaliser les oppositions. Le communisme a donc réintégré le rôle qu’il n’aurait jamais dû cesser d’avoir, qui est celui d’être une utopie mobilisatrice, nichée à l’intérieur de la démocratie. Le soviétisme est mort ; peut-être même qu’il a été assassiné. Mais l’idéal communiste paraît être soigneusement entretenu, réchauffé au sein de la démocratie libérale, lové dans ses institutions. C’est ainsi que fonctionne la spirale planétarienne : avec un système, d’un côté, et une opposition factice à ce système, de l’autre. Les deux forces sont absolument complémentaires et indispensables l’une à l’autre.

Hervé RYSSEN

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 16:00

Publié le 22 avril 2013 par Galaad Wilgos                                            

De telles accusations ont néanmoins le mérite de mettre en valeur l’une des caractéristiques du trotskisme, sous sa forme prise par l’ex-LCR. Il nous a donc paru important de revenir sur ce sujet, afin de remettre en cause certains fondamentaux de cette idéologie, tout en discutant de ce que pourrait être au final l’internationalisme. En effet, à écouter les propos de Besancenot (« Et je crois qu’il faut assumer son internationalisme parce que pour moi la seule frontière qui vaille, c’est une frontière sociale qui oppose les exploiteurs et les exploités. Et à titre personnel, en tant que salarié, j’ai plus de points communs avec un chômeur, un salarié allemand qui résiste au capitalisme qu’avec un capitaliste français »), l’internationale sera sans-frontière ou elle ne sera pas…

Retour sur les fondements

Tout d’abord, il est important de revenir sur les fondements doctrinaux qui sous-tendent la vision du monde d’un Besancenot. Ce dernier, derrière sa sincérité et son air bon enfant, demeure quelqu’un de solidement politisé, avec une idéologie dont il est bon de retracer les fondements sous peine de ne pas comprendre les raisons de s491001_2779895es énervements. Besancenot est issu du NPA, et ce NPA est lui-même issu de la défunte Ligue Communiste Révolutionnaire. Ce parti, en son temps, était d’inspiration trotskiste, et s’opposait donc à la fois aux marxistes-léninistes et aux libertaires – rappelons d’ailleurs, au passage, que ces fieffés « révolutionnaires » se revendiquent de l’homme qui massacra le soviet autonome de Krondstadt, c’est-à-dire l’une des plus héroïques et des plus tragiques tentatives de démocratie directe à ce jour.

Nonobstant une évidente idéologie anti-stalinienne, les trotskystes, loin de s’émanciper radicalement de l’U.R.S.S. (comme le firent les anarchistes, Claude Lefort ou Castoriadis), croyaient encore possible sa récupération, en tant qu’État ouvrier dégénéré. Les pablistes (du nom de Pablo, pseudonyme de Michel Raptis, fondateur de ce courant majoritaire au sein de la IVe Internationale), le pensaient d’autant plus qu’ils étaient parmi les plus prompts à lui reconnaître des mérites lors d’inflexion « de gauche ». Cette vision complètement hallucinée les poussera bien souvent à saluer des personnages aussi peu reluisants que Mao, Gomulka, Castro ou Tito. Le philosophe Castoriadis, trotskyste pendant un temps au sein du groupe Socialisme ou Barbarie, eut d’ailleurs cette admirable expression pour désigner cette chapelle : « la fraction en exil de la bureaucratie soviétique ».

« Le trotskisme est bien divers, et l’on ne saurait confondre le courant lambertiste, dont est issu Mélenchon, très laïque, républicain et plus attaché à l’idée de nation , avec le courant pabliste, dont le caractère est beaucoup plus « libéral ». »

S’il est important de revenir à ces guerres picrocholines au sein du mouvement ouvrier, ce n’est pas tant par nostalgie que par nécessité de compréhension. En effet, le trotskysme est bien divers, et l’on ne saurait confondre le courant lambertiste (du nom de son fondateur, Pierre Lambert, pseudonyme de Pierre Boussel) dont est issu Mélenchon, très laïque, républicain et plus attaché à l’idée de nation , avec le courant pabliste, dont le caractère beaucoup plus « libéral » ne cessera de grandir avec le temps. C’est ce courant qui sera le plus ouvert aux nouvelles formes de revendications sociétales émergeant durant la seconde moitié du XXe siècle, de la légalisation des drogues douces à l’antiracisme multiculturaliste des Indigènes de la République. Comme le rappelle Philippe Raynaud dans son ouvrage L’extrême gauche plurielle :

« C’est par là que les militants de la Ligue pouvaient le mieux se distinguer des « staliniens » du vieux Parti communiste, qui sont longtemps restés attachés à des valeurs et à des urssmoeurs » traditionnelles « , celles de la majorité des ouvriers comme des fonctionnaires républicains : la Ligue a soutenu les mouvements régionalistes corse, occitan ou breton, elle a joué un rôle important dans la mobilisation en faveur de la liberté de l’avortement, elle a assez vite accepté de défendre les homosexuels et même les consommateurs de » drogues douces », elle s’est aisément adaptée à la culture rock et l’engagement de ses militants enseignants en faveur des pédagogies nouvelles était assez adapté à l’ambiance de la période qui a suivi Mai 1968.

Les expériences militantes de ses dirigeants et leurs choix stratégiques allaient d’ailleurs dans le même sens : les principaux dirigeants de la Ligue, dont beaucoup viennent de familles décimées par la Shoah, se sont formés dans la lutte contre la guerre d’Algérie et contre l’OAS et il est resté de tout cela une sensibilité antiraciste et antifasciste exacerbée, doublée d’un profond refus des mythes nationaux français, qui n’a eu aucune peine à trouver des échos dans les mobilisations ultérieures, de SOS Racisme à Ras l’front et aux Indigènes de la République. »

« A l’évidence, les trotskystes à la Besancenot ne se sont pas départis de cette vision irénique de la mondialisation. Pour eux, il ne s’agit pas d’un phénomène mauvais en soi, par essence, mais bien d’une nature capitalistique qui l’empêche de réaliser la » vraie » mondialisation. »

International et transnational

Venons-en désormais au noeud du problème. La vision de Besancenot de l’internationalisme est claire et nette : pas de patrie, pas de nation, pas de frontière. Il le dit lui-même : « Je crois qu’il faut assumer son internationalisme parce que pour moi la seule frontière qui vaille, c’est une frontière sociale qui oppose les exploiteurs et les exploités ». Or c’est justement là que la question se pose : doit-on soutenir une abolition des patries et des frontières sous prétexte d’internationalisme ? On peut en douter. Le problème de nombreux mouvements marxistes apparaît clair : une incapacité ontologique à aborder la notion de frontière sans crispation. Les marxistes les plus obtus ont, en effet, toujours été de ceux qui par intransigeance préféraient troquer la difficile dialectique entre particulier et universel pour l’idyllique lubie d’un monde uni par la lutte des classes. Telle est la vision du vieux Marx, inspiré entre autres par les Lumières et l’économisme de l’école classique. Ce dernier pensait en effet que le libre-échange aurait pour conséquence la formation d’un prolétariat mondial, uni par un internationalisme abstrait, et qu’il ne fallait donc en rien le freiner (1). Dans une vision étroitement « luttiste-de-classiste » (Péguy) il pensait, malgré une certaine lucidité par rapport aux dégâts causés par le libre-échange (2), que l’intensification de la concurrence mondiale hâterait la venue de la Révolution sociale.

À l’évidence, les trotskystes à la Besancenot ne se sont pas départis de cette vision irénique de la mondialisation. Pour eux, il ne s’agit pas d’un phénomène mauvais en soi, par essence, mais bien d’une nature capitalistique qui l’empêche de réaliser la « vraie » mondialisation. La moindre discussion avec le militant de base du NPA s’achèvera par la même litanie à propos de l’union des prolétaires du monde entier, la fin de la propriété privée, des frontières etc. L’internationalisme sera mondialiste ou il ne sera pas. Pourtant, la raisonnement butte sur une impasse. Rien qu’étymologiquement, le mot lui-même s’oppose à cette vision : dans internationalisme, il y a le préfixe inter-, qui ne signifie en aucun cas « absence de » (a-) ou « contre le » (anti-), mais bien « entre ». Or, pour qu’il y ait une relation « entre » des choses, il faut déjà qu’il y ait des entités distinctes ; de la même manière, on ne dialogue pas avec soi-même à moins d’être fou. Il faut donc qu’il y ait à la base des peuples, des nations, des collectifs humains – et non une poussière d’individualités atomisées, liées par une commune appartenance au camp des opprimés – pour qu’il y ait coopération.

olivierbesancenotLa confusion est apparente : ce que désigne Besancenot par « internationalisme », n’est en fait que le plus simple transnationalisme, tel que promu par la mondialisation. Étrange reprise d’un imaginaire proprement capitaliste, cet internationalisme ne fait au final que retourner ce qui constitue le propre du monde des grandes entreprises et des grands patrons, espérant pouvoir les battre sur leur propre terrain – comme s’il était possible de gagner à un jeu où les dés sont pipés d’avance. L’on retrouve ainsi ce qui a toujours fait la caractéristique du capitalisme depuis ses débuts : l’illimitation. L’abolition des frontières se calque sur le monde du Capital, qui ne connaît aucune patrie, de même que sur les univers inhumains de la Science et de la Technique. C’est ainsi qu’une interprétation rigide de Marx aboutit à faire le jeu de ce capitalisme qui, toujours d’après Marx, servirait de tremplin vers l’avènement d’un monde socialiste. Tare d’une mouvance révolutionnaire qui n’a pu tirer les leçons d’un XXe siècle jonché de ses erreurs, il est bon de se souvenir que l’idée d’une abolition des différences sous le prisme de la lutte des classes n’a jamais été fructueux, tant cela a suscité les oppositions viscérales des peuples concernés. L’U.R.S.S. voulant abolir les nations n’a fait qu’in fine exacerber le sentiment nationaliste, toujours plus petit, concentré et fragmenté ; une situation similaire se déroulant aujourd’hui face à une Union Européenne toute tendue vers l’idéal postnational.

« Plutôt citoyen du monde, ce slogan de salonnard du XVIIIe siècle repris en boucle aujourd’hui par les bien-pensants, que citoyen d’une patrie, le transnationaliste se veut complètement déraciné. »

Au risque de frustrer les bonnes consciences, les points communs entre opprimés sont bien loin de compenser les énormes différences anthropologiques qui peuvent exister entre diverses populations. Un Chinois opprimé par le pouvoir postmaoïste ultralibéral, n’est pas exactement lié par on ne sait quel lien chimérique de classe à l’ouvrier français subissant le patronat limité par un code du travail en béton. Tant au niveau des institutions que des moeurs. Cette incapacité à reconnaître l’Autre reste hélas l’un des autres grands travers du mouvement marxiste historique. Le militant, tel que symbolisé par notre facteur, n’arrive pas à imaginer le fait qu’il y ait des différences, et qu’une saine entente n’implique en rien leur abolition ou leur fusion. Louise Michel dût ainsi faire face en son temps à l’incompréhension de ses camarades lors de la révolte des Canaques où, comble du paradoxe, certains exilés communards prirent part aux représailles gouvernementales contre ces tribus considérées comme arriérées.

350px-Revolte_des_Canuts_-_Lyon_1831_-_1Un tel aveuglement empêche ces orthodoxes d’envisager l’universel comme enraciné, l’international comme coopératif et non négateur des particularismes. Plutôt citoyen du monde, ce slogan de salonnard du XVIIIe siècle repris en boucle aujourd’hui par les bien-pensants, que citoyen d’une patrie, le transnationaliste se veut complètement déraciné. Et quand un ouvrier, subissant une délocalisation, se révolte contre cette concurrence étrangère, il ne trouve qu’une réponse à ce mécontentement : l’invective moralisante. Si les frontières c’est fâchô, et si les nations c’est chôvin, il est évident que la façon d’aborder l’ouvrier de base ne peut plus que se résumer à un dialogue de sourd, où le trotskiste, du haut de sa cime de sachant, lui explique doctement en quoi ses colères contre les Chinois sont xénophobes, comment celui qui reprend son job est en fait un allié, et qu’au final la nation est une bête immonde. Résultat : l’ouvrier le fuit comme la peste – et un Poutou fera toujours office d’arbre cachant la forêt dans ces milieux – voire se réfugie dans le discours véritablement xénophobe et chauvin d’un Front National.

Le patriotisme et la révolution

patria_o_muerteL’autre grande haine des besancenotistes demeure celle visant la patrie. Le degré de mépris qui suinte des coulées de bave du camarade lorsqu’il évoque le « drapeau bleu-blanc-rouge » n’a guère d’égal. Néanmoins, cela n’a pas toujours été l’avis des révolutionnaires. Orwell, grand patriote anglais, disait en effet en 1941, qu’il « faut que nous expliquions avec plus de carté que cela n’a été fait jusqu’à présent qu’aujourd’hui un révolutionnaire doit être un patriote et un patriote un révolutionnaire ». La patrie, cette belle idée, est avant tout un vécu : c’est une fraternité. Si elle a pu être instrumentalisée dans l’Histoire comme un cheval de Troie belliciste, elle a surtout été vectrice d’un rapport au collectif différent de l’égoïsme égocentrique. Il n’y a point de révolution sans patriotisme, l’Histoire ne cesse de nous le démontrer. Les cris de « vive la Nation » ont retenti dans l’histoire française de Valmy jusqu’au combat contre les nazis, et l’un des plus beaux et plus tragiques événements, la Commune de Paris, se faisait autant – sinon moins – en réaction à la bourgeoisie défaitiste qu’à l’invasion prussienne. Patriotisme et révolution vont toujours de pair.

L’appartenance à un collectif est en effet indispensable dans l’idée même de révolte. Pas d’insurrection sans socialisation : si l’indignation est individuelle, la mobilisation est mouvement de groupe, de foule. L’un ne peut aller sans l’autre, car l’individu est non seulement imprégné des valeurs de sa société, mais il est aussi impuissant sans lien social qui le lie aux autres, à un tout qui le dépasse. L’atomisation privatise, individualise et déstructure : on n’est jamais si faible que lorsque l’on se croit seul au monde. « L’estime qu’on a de soi-même dépend de celle qu’on peut avoir pour son pays ; et on n’a plus d’estime pour un pays qui ne s’estime plus lui-même. C’est ainsi. Un individu sans appartenance est un individu qui file doux, et baisse la tête si on le lui demande » (Régis Debray, Que vive la République). Il n’est pas anodin qu’en ces temps de narcissisme de masse, la patrie sente l’humidité des caves de l’Histoire où elle a été reléguée – si ce n’est le soufre. L’air du temps est à l’ego, le Moi règne en maître, se goinfre de marchandises et de droits en se croyant omnipotent. Rien de moins swag que le sacrifice pour son prochain ou une idée, rien de moins branché que le devoir d’un citoyen. La dépolitisation massive depuis plusieurs décennies n’en est qu’un symptôme tragique.

« Les déracinés sont des proies de choix pour le système capitaliste libéral, qui a tôt fait de remplacer un tel vide par des prothèses de type consumériste. »

A contrario, les populations les plus révoltées aujourd’hui démontrent régulièrement un sentiment fort d’identité. La patrie n’est pas un gros mot au Vénézuela : feu Chávez le scandait à chaque discours. Correa de même en Équateur. Plus radicalement, des Luddites aux Canuts, des paysans du Chiapas aux paysans du Larzac, les révoltes authentiquement populaires partent toujours d’une réaction collective concrète : défendre sa terre, ses ancêtres, ses prochains, sa patrie (qui ne se résume pas à l’État-nation), etc. On est loin du flottement hors-sol des « citoyens du monde » ou des « cosmopolites ». Les racines, mot qui doit rappeler Maurras et Barrès aux oreilles des trotskos, ont pourtant toujours été à l’origine même des insurrections. Elles sont là pour transmettre, des valeurs, des traditions, un passé, tout ce qui permet de faire lien et de dépasser l’instantané marchand. « L’amour du passé n’a rien à voir avec une orientation politique réactionnaire. Comme toute les activités humaines, la révolution puise toute sa sève dans la tradition. » (Simone Weil, L’enracinement). Les déracinés sont des proies de choix pour le système capitaliste libéral, qui a tôt fait de remplacer un tel vide par des prothèses de type consumériste.

Pour un internationalisme du XXIe siècle

Tout cela concourt à prendre le contre-pied d’une vision transnationale de l’internationalisme. Pragmatiquement, sans protectionnisme, les masses européennes, et françaises en particulier, courent à leur perte. Loin de nier le fait qu’il bénéficie aussi aux capitalistes, l’on ne saurait, par dogmatisme idéologique, refuser une telle mesure au nom de cela ou d’une révolution à venir. Le système libre-échangiste instaure la loi de la jungle au niveau continental, puis mondial ; i36ignouspl asservit des masses entières à un labeur de serf tandis qu’il met en concurrence les individus, les collectifs et les nations dans une guerre générale de tous contre tous. Loin de créer une identité planétaire d’opprimés, il attise les tensions entre populations, pulvérise les ensembles et favorise le tribalisme le plus grossier. Pendant ce temps-là, les élites mondialisées coulent des jours paisibles derrière leurs innombrables sécurités, bien heureuses de voir quelques sectes trotskistes vernir leur mode de vie d’un beau rouge « subversif » et « révolutionnaire ».

Pour contrer cette dévastation en marche, il est plus que temps de réhabiliter la notion de frontière. La frontière n’est pas un mur séparant les ethnies ou les communautés. Elle est au contraire un moyen de les préserver, et de réguler leurs rapports. Elle est surtout ce qui permet une certaine mesure dans les rapports entre faibles et forts. « La frontière rend égale des puissances inégales. Les riches vont où ils veulent, à tire-d’aile ; les pauvres vont où ils peuvent, en ramant » (Régis Debray). Par ailleurs, elle est mère de toute limitation. Là où l’imaginaire capitaliste veut absolument en finir avec toutes les limites – tabous, lois, coutumes, etc. – la frontière vient y mettre un frein : le Capital n’est plus libre de tout mouvement, les Hommes non plus (point de tourisme de masse destructeur). Que ce soit dans un régime capitaliste keynésien ou socialiste, les frontières seront toujours nécessaires, et l’idée de les abolir ne peut que promouvoir le règne de l’hubris permanent. L’écologie, loin d’en appeler à un dystopique « gouvernement mondial », crie au besoin de frontières : frontières à la croissance, frontières à la pollution par les déplacements humains, frontières aux marchandises délocalisées. On ne relocalisera pas les instruments de production sans elles. On ne résistera pas à l’impérialisme culturel des États-Unis d’Amérique sans cette cloison protectrice.

« Qu’on le veuille ou non, l’État-nation est aujourd’hui la dernière protection des travailleurs allant à vau-l’eau dans la mondialisation. »

Enfin, la nation restera toujours un élément clé dans la dialectique incertaine du particulier et de l’universel. Qu’on le veuille ou non, l’État-nation est aujourd’hui la dernière protection des travailleurs allant à vau-l’eau dans la mondialisation. Dernier endroit où réside un minimum de souveraineté – que Besancenot n’aime visiblement pas, injuriant Mélenchon de « souverainiste » notamment « sur l’euro » – il reste aussi le dernier lieu de redistribution sociale, de protection légale contre l’exploitation sans limites du patronat. L’on peut espérer un jour l’abolition de l’État – c’est mon cas –, mais en attendant, sans mouvements de masse pour le vouloir, et à cause d’une désocialisation massive, son détricotage amène plus de souffrances que de biens, tout en aidant stratégiquement les capitalistes dans leur entreprise d’asservissement des peuples. Cette abolition n’implique de toute façon pas celle de la nation, en tant qu’intermédiaire nécessaire, entité permettant de faire lien entre le local et le global. Surtout lorsque celle-ci se définit explicitement par un triptyque universaliste tel que Liberté, Egalité et Fraternité.

Les guerres intra-utérines du camp socialiste ont toujours été pléthoriques. Des affrontements de la première internationale entre marxistes et anarchistes jusqu’à aujourd’hui, en passant par les fractionnements tragicomiques des chapelles révolutionnaires durant les années 60/70, rien n’a véritablement changé dans ce coin-là de la politique, en témoigne la récente sortie de Besancenot. Porte-parole d’un parti trotskiste moribond, le NPA, il a récemment cru bon de dénoncer chez Mélenchon des poussées « souverainistes » (brr), « nationalistes » (re-brr) voire « chauvines » (nous revoilà dans ces heures sur lesquelles la lumière ne s’est jamais posée).

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 15:03
Mardi 2 Avril 2013
Didier Thévenieau Co-secrétaire départemental de la Drôme

 

 

Karl_marx Je n’ai ni le goût, ni le temps de faire des concours de vitesse avec des statues mais en ce jour de Pâques, le son des cloches est trop fort pour ne pas avoir envie de ramener ici, le silence de la pensée nécessaire à toute humanité.

Au-delà des propos haineux d’une partie du NPA à l’égard du PG et de Jean-Luc Mélenchon (peut-être minoritaire mais bruyante), il est un point de philosophie politique qui semble échapper à celles et ceux qui n’ont lu Marx que dans les revues de leurs maîtres, et qui se refusent à penser en écartant toute idée qu’ils pourraient se tromper (fiers des résultats de leur stratégie certainement ?). Ce questionnement c’est celui qui cherche à comprendre les liens entre Marx et la Nation. Et à ne lire que des fragments, on en oublie l’essence même du marxisme.

Souvent est répétée à l’envie cette phrase du Manifeste : "Les prolétaires n’ont pas de patrie". De là les courtes vues ont pris des positions figées et fausses, d’un côté en imposant leur anarchisme ou leur internationalisme contre la nation, et de l’autre en dénonçant les marxistes comme des traîtres à la patrie. Le problème, c’est que cette phrase est instrumentalisée des deux côtés.
Si on peut comprendre ce détournement malhonnête du côté des nationalistes et capitalistes patriotiques, on a du mal à l’admettre aujourd’hui chez celles et ceux qui se réclament de la lutte des classes et qui l’affaiblissent en ne luttant que contre eux-mêmes.

Quand Marx et Engels écrivent cette phrase, ils veulent justement dénoncer la classe dominante qui ne permet pas à la classe ouvrière d’avoir une place dans la nation. En aucun cas ils nient l’idée de nation, et jamais ils ne disent que les prolétaires ne doivent pas avoir de patrie ! Au contraire, le prolétariat doit "conquérir la nationalité" et "conquérir la démocratie." La classe ouvrière doit se constituer en nation sans se laisser réduire au nationalisme bourgeois (ce que tente de faire une partie du NPA aujourd’hui), ni se laisser impressionner par l’idée patriotique du capitalisme assassin. Le prolétariat doit refonder la nationalité.

Ce fragments : « les ouvriers n’ont pas de patrie », n’est pas une thèse défendue par Marx mais une dénonciation de la classe dominante qui prive la classe ouvrière de patrie pour la dominer encore. Celles et ceux qui s’en revendiquent vont donc contre Marx qui la condamne.

La phrase exacte du Manifeste communiste est :
"On a reproché encore aux communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité. Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut pas leur ôter ce qu’ils n’ont pas. Sans doute le prolétariat doit tout d’abord conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe nationale souveraine, et se constituer lui-même en nation ; et en ce sens il est encore attaché à une nationalité. Mais il ne l’est plus au sens de la bourgeoisie. »

Dans le même Manifeste, Marx et Engels expliquent que les nations ainsi rendues aux peuples ne pourront que tomber d’accord pour s’entendre. C’est dans cette conscience de « classe nationale souveraine » que les individus se libéreront de l’exploitation :
« Une action combinée, au moins des peuples les plus civilisés, est une des conditions de la libération. Dans la mesure où l’exploitation de l’individu par un autre individu sera abolie, l’exploitation d’une nation par une autre le sera également. Avec l’antagonisme des classes à l’intérieur de la nation, disparaîtra l’hostilité réciproque des nations... »

Les insulteurs du NPA essaient de penser l’internationalisme sans la nation et nous reprochent notre incohérence et notre traîtrise... Si Marx entendait ça !

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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 01:56

 

Pour les trotskistes, l’épisode soviétique, si malheureux qu’il fût, n’invalide en aucun cas le bien-fondé de la doctrine marxiste et l’enseignement de Lénine. L’URSS n’était pas un Etat communiste : tout juste un " Etat bureaucratique dégénéré ". Les excès qui ont pu être commis sont à mettre sur le compte de Staline, qui est le principal responsable de l’échec de la "patrie du prolétariat". En décrétant la construction du " socialisme dans un seul pays " à la mort de Lénine en 1924, sa politique ne pouvait aboutir qu’à un échec, tandis que sur le plan économique, la NEP était un cadeau que Staline et Boukharine faisaient aux paysans riches, aux trafiquants, aux commerçants. Les trotskistes combattent cette tendance droitière, et proposent une alternative qui tient en trois mots : industrialisation, collectivisation et planification. La solution, pour eux, ne saurait être une pause dans le processus révolutionnaire, mais bien au contraire, son accélération. Il s’agit d’aller vers la militarisation totale du pays, programme que Staline appliquera à la lettre quelques années plus tard. L’opposition de gauche au stalinisme, c’est finalement la conviction qu’avec eux aux commandes, la révolution eût été plus radicale, mais surtout plus propre, et aurait pu s’étendre à la Terre tout entière.

Lev Davidovitch Bronstein, dit Trotski, est né en 1879 dans une famille de " paysans " juifs riches : son père a fait fortune dans le commerce des grains ; il possède cent hectares de terres et en loue trois cents. Il n’est pas religieux et ignore le yiddish, mais son fils, le jeune Lev (Léon) fréquentera tout de même une école hébraïque. Après la révolution avortée de 1905 en Russie, Léon Trotski rejoint Vienne, où il va fonder le journal La Pravda et va mettre en forme la théorie de la " révolution permanente " dans laquelle il prévoit l’extension de la révolution à toute l’Europe, puis à toute la planète. Il deviendra après 1917 le chef de l’Armée rouge. Après son expulsion d’URSS en 1929, il prend soin, dès ses premiers mois d’exil, de rédiger ses mémoires, qui deviendront un livre culte : Ma Vie. Marcel Bleibtreu, s’en souvient encore : "En 34, Ma Vie est éditée en version abrégée. Je suis fasciné. Pour le môme que j’étais, c’était une mine de réflexions politiques, historiques et militaires. Pour mon père, le nom de Trotski entrait dans une trilogie monumentale : Freud, Einstein, Trotski – les trois grandes gloires juives !" (1)

Effectivement, le phénomène trotskiste est très largement influencé par la présence en son sein de militants d’origine juive, et principalement de Juifs d’Europe centrale. Dans “Les Trotskistes”, Christophe Nick reprend, pour intituler un de ses chapitres, le titre du livre d’Alain Brossat et Sylvia Klinberg paru en 1983 : Le Yiddishland révolutionnaire. (2) Car l’arrivée en France, au début du siècle, d’une ample vague d’immigration juive en provenance d’Europe orientale va être déterminante pour le développement du mouvement. De fait, bon nombre des principaux cadres de ce courant sont des Juifs ashkénazes :
- Pierre Frank, le fondateur du Parti communiste internationaliste, est le père de la tendance du pablisme qui donna naissance à la Ligue Communiste révolutionnaire. "Il est né à Paris en 1905, de parents fraîchement débarqués de Vilna en Lituanie."
- Barta est le fondateur de L’union communiste internationaliste en 1947. Il est né en 1914 à Buhusi, en Roumanie, dans une famille de petits commerçants juifs. Son vrai nom est David Korner. Il est un militant de l’ombre : celui qui est à l’origine du courant qui deviendra Lutte ouvrière, n’a accordé qu’une seule interview dans sa vie : à un ancien militant de LO, pour une thèse universitaire.

Autre grande figure du trotskisme français : Pierre Lambert, le fondateur de la troisième grande organisation trotskiste française. Son vrai nom est Pierre Boussel. Il est né le 9 juin 1920 à Paris, de parents juifs russes fraîchement débarqués. Ses copains adhèrent à l’Achomer Hatzaïr, "la jeune garde", organisation des scouts sionistes de gauche.

Le chef historique de la Ligue communiste révolutionnaire, Alain Krivine, est issu d’une famille fuyant les pogromes de Russie et arrivée en France à la fin du XIXe siècle. Henri Weber, aujourd’hui sénateur socialiste, qui fut cofondateur de la Ligue communiste avec Alain Krivine, vient d’Europe centrale : "En 1938, à la veille de la guerre, ses parents, horlogers juifs, vivent à Cznanow, en Haute Silésie."

Maurice et Charly Najman, "les deux des principaux leaders trotskistes des étudiants et lycéens des années 1968-1978", ainsi que Robi Morder "autre leader lycéen des années 1970" viennent eux aussi d’Europe centrale, tout comme Michel Rodinson, le fils de Maxime, directeur de la publication de Lutte ouvrière. Le 8 octobre 1998, le journal L’Express révéla la véritable identité du mentor d’Arlette Laguiller, la pasionaria de Lutte ouvrière : le fameux et mystérieux Hardy s’appelle en réalité Robert Barcia ; il est né en 1928 à Paris, et a fait ses premières armes avec Barta.
"Ces exemples pourraient se multiplier à l’infini", dit Christophe Nick. " A la LCR, dans les années 70, l’humour résumait bien la situation : "Pourquoi ne parle-t-on pas yiddish au bureau politique de la Ligue communiste ? Parce que Bensaïd est séfarade !" (3) En effet, Daniel Bensaïd, originaire d’Afrique du Nord (sépharade), ne comprenait pas le yiddish des autres responsables trotskistes, qui eux étaient ashkénazes.

Un historien israélien, Yaïr Auron qui a publié à ce sujet un livre intitulé Les Juifs d’extrême gauche en mai 1968, confirme les propos de Christophe Nick : "Sur les douze membres du bureau politique de la Ligue à ses débuts, s’ajoutaient à Bensaïd dix autres Juifs originaires d’Europe de l’Est et un seul membre non juif. " D’aucuns parleraient de shabbat goy, c’est-à-dire du " goy de service ", chargé dans les familles juives de leur ouvrir la porte et d’appuyer sur les boutons durant shabbat. Yaïr Auron écrit encore : "Sur les "quatre grands" de mai 68, Daniel Cohn-Bendit, Alain Krivine, Alain Gesmar, Jacques Sauvageot, les trois premiers sont juifs." Une note précise : "Marc Kravetz a joué aussi un rôle important en mai 68. Il est également d’origine juive." C’est aussi ce que Daniel Cohn-Bendit reconnaît dans son autobiographie Le Grand Bazar : "Les Juifs représentaient une majorité non négligeable, si ce n’est la grande majorité des militants."

C’est bien évidemment au cours des événements de mai 68 que le trotskisme connut son heure de gloire. Le 19 mai se réunirent les dirigeants des trois plus importantes organisations trotskistes, pour décider de la formation d’un comité permanent de coordination et appeler à l’unification. Barcia, pour l’UCI rencontra à cette occasion "Pierre Frank et Michel Lequenne pour le PCI, Alain Krivine et Daniel Bensaïd pour la JCR. Ensemble, ils rédigent une proclamation solennelle", dit Christophe Nick. Avec Alain Geismar, le chef maoïste et Daniel Cohn-Bendit, qui représentait le courant anarchiste, on peut dire que la révolte de mai 1968 était en effet bien tenue en main.

Chez les maoïstes, la tendance est la même : la Gauche prolétarienne avait à sa tête Alain Geismar, aujourd’hui inspecteur général de l’Education nationale, et Benny Lévy (alias Pierre Victor), qui deviendra le secrétaire particulier de Jean-Paul Sartre avant de faire sa téchouvah et son alyah (sa montée en Israël). Ce dernier est devenu ensuite rabbin et professeur dans une yéshivah (école juive) de Jérusalem. De même, écrit Yaïr Auron, "à la tête de la direction de l’organisation étudiante du parti communiste français dans les années 70, se comptaient également de nombreux Juifs." On pense par exemple à Pierre Zarka, qui deviendra le directeur du journal L’Humanité. Il en est de même des activistes qui tomberont dans le gangstérisme pur et dur, tel Pierre Goldmann, auteur de quelques hold-ups. Son biographe autorisé a révélé que Goldmann, tout révolutionnaire qu’il était, était allé danser avec les membres du Betar après l’offensive israélienne en juin 1967, lors de la guerre des Six jours. Les témoignages de Marek Halter ou de Guy Konopnicki, comme nous l’avons déjà souligné, confirment aussi que les révolutionnaires internationalistes d’extrême-gauche ont toujours gardé intact, plus ou moins secrètement, leur amour de l’Etat d'Israël.

Chez les trotskistes, on retrouve finalement les mêmes dispositions militantes, acharnées et, pour tout dire, messianiques, que chez les intellectuels rangés que nous avons déjà étudiés. A la Ligue communiste révolutionnaire, dit Christophe Nick, le cinéaste Romain Goupil "est habité par la haine de ceux qui vivent dans l’obsession du ghetto de Varsovie. Une haine qui l’a poussé à risquer sa peau, encore dans les années 90, à Sarajevo, où, dans un petit film pour la télé, il fonçait au volant d’une voiture banalisée sur Sniper Allee, en cible volontaire pour les tireurs serbes, répétant mille fois dans le micro de son mégaphone "Sarajevo-Sarajevo-Sarajevo-Sarajevo…" en passant les vitesses." (4) Il y a ici, sous une forme un peu plus animale, une obsession comparable à celle de Bernard-Henri Lévy, lui aussi défenseur acharné de Sarajevo, par la plume et par le micro. Après 1968, c’est à Romain Goupil que les trois dirigeants de la Ligue – Alain Krivine, Daniel Bensaïd et Henri Weber – avaient confié le mouvement de jeunesse.

En 1968, le responsable du Service d’ordre de la Jeunesse communiste révolutionnaire était Pierre Shapira. Jean-Luc Benhammias, aujourd’hui membre du Conseil économique et social et ancien secrétaire national des Verts, se souvient de ces heureuses années lycéennes ; tout comme le philosophe André Glucksmann, qui a quant à lui quitté la Jeunesse communiste révolutionnaire pour rejoindre la Gauche prolétarienne. Le belge Ernest Mandel, secrétaire de la IVe Internationale, a été le conseiller économique de Castro à Cuba ; et Boris Fraenkel est le traducteur de Wilhelm Reich en français.

Les années 70 furent aussi très remuantes. "Voici Gérard Karstein. Il est étudiant à l’université d’Orsay lorsque, en 1973, le ministre de la Défense Michel Debré, tente de réformer les sursis militaires. Gérard se lance dans la bataille qui culminera par la plus longue grève de l’histoire de l’enseignement : six semaines d’occupation des lycées et universités. La Ligue communiste est l’incontestable animatrice du mouvement, avec sa figure étudiante de l’époque : Michel Field." (5) Gérard Karstein est aussi à l’origine des comités de soldats dans les années 70. Durant son service militaire, il ne put s’empêcher de continuer la propagande.

Qu’ils soient romanciers, cinéastes ou politiciens, l’attente messianique porte ceux qui en sont imprégnés à militer continuellement, sans interruption, dans une propagande inlassable et perpétuelle. Celle-ci ne s’arrête jamais : "J’ai alors acheté une petite Ronéo d’occasion chez Emmaüs, je l’ai fait entrer dans la caserne… Nous adorions tout ce qui était clandestin." (6) Deux ans plus tard, on comptait plus de deux cents comités de soldats dans toute la France. La Ligue organisa au défilé du 1er mai 1976 la première manifestation nationale de soldats en uniforme : plus d’une centaine de militants sous les drapeaux, fortement protégés par plusieurs centaines de membres du SO, avec une cagoule sur la tête et le poing tendu."

On sait que de nombreuses personnalités des arts, du spectacle, de la politique et des médiats, ont fait leurs premières armes dans les organisations trotskistes, et sont souvent restées fidèles à leurs idéaux, de manière secrète. De fait, ce qui caractérise le mieux la formation militante du trotskiste est la dissimulation et l’entrisme, c’est-à-dire, la pénétration d’une organisation adverse ou concurrente par des militants formés cachant leurs véritables opinions. Des centaines de militants ont eu pour tâche de s’infiltrer en milieu hostile, afin d’obtenir des renseignements et d’influer sur la ligne politique. Cette aptitude à la dissimulation, ce goût de la clandestinité et de l’organisation policière, le culte du secret, la rigueur, voire l’austérité de la vie du militant, à l’instar du grand chef bolchevique, composent la spécificité de la formation trotskiste. Dans les médiats, les trotskistes sont pléthore, et s’il était besoin d’un symbole, ce serait peut-être celui-ci : la soirée d’anniversaire des 50 ans d’Alain Krivine s’est déroulée à Saint-Denis, dans les fameux studios de cinéma d’AB Productions, sur les plateaux de tournage d’Azoulay (A) et Bensoussan (B).

Dans son Essai de taupologie générale publié en 2001, l’idéologue de la Ligue communiste, Daniel Bensaïd, considère longuement le cas des marranes, ces Juifs portugais et espagnols qui étaient traqués par l’Inquisition au XVIe siècle. Ayant opté pour la conversion au christianisme afin d’éviter l’expulsion, ils avaient abjuré officiellement leur foi mosaïque, mais continuaient à pratiquer secrètement leur culte. La communauté marrane, qui s’est ensuite éparpillée dans le monde entier, a ainsi pu traverser les siècles en jouant les bons catholiques et en assistant à la messe le dimanche. Pour Daniel Bensaïd, cette communauté symbolise l’esprit du messianisme juif, dont le trotskisme serait l’expression moderne : "Le messianisme, dit-il, est une ferveur de l’attente… Il s’affirme comme l’attente des catastrophes historiques que les prophètes exhortent à conjurer, selon la profonde dialectique du désastre et de l’espérance. A la différence du pessimisme apocalyptique, qui se repaît du châtiment, il stimule un optimisme de la volonté… Avide d’un âge nouveau, l’attente messianique ébauche ainsi un projet politique… qui se laisse aller à rêver d’une conquête sans bataille. Prélude pacifique à la guerre messianique proprement dite, l’aspiration révolutionnaire secrète reste alors inextricablement mêlée à une conception traditionnelle de la vie juive… ". La grande leçon à tirer de l’histoire des marranes est là : La vraie foi doit toujours demeurer cachée : "tout Juif est tenu de devenir marrane." Autrement dit, d’apprendre à vivre dans le secret." (7)

1- Christophe Nick, Les Trotskistes, Éditions Fayard, 2002, p. 44.
2- On consultera aussi le livre de Benoît Rayski, Il était une fois la révolution ; Les Juifs de mai, de Benjamin Stora et 68 : une révolution juive, d’Annie-Paule Derczansky, ainsi que la revue Passages n°8.
3- Christophe Nick, Les Trotskistes, Editions Fayard, 2002, pp. 31-34.
4- Christophe Nick, Les Trotskistes, p. 73.
5- Ibidem, p. 218.
6- Ibidem, p. 86.
7- Daniel Bensaïd, Résistances, essai de taupologie générale, Fayard, 2001, in Les Trotskistes, op. cit., p. 224.

Publié par Hervé RYSSEN

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 20:50

Chroniques marxiennes -2-

Excursus en ex-URSS

 

À l’âge de l’URSS, CCCP, soleil rouge des travailleurs autour duquel tournaient des satellites, la bureaucratie stalinienne recouvrait de sa chape de plomb durci les territoires bouclés à double tour derrière le Rideau de Fer.
Au-delà de ce blindage d’acier trempé de sang où s’égayait une moitié de l’Europe directement mise au fer, cette caste faite d’un tout autre métal que celui des bourgeoisies bouchées à l’émeri, expliquait pesamment que le socialisme c’était nickel-chrome.
Les délices et orgues de Staline accompagnaient la chanson des lendemains.
L’Armée Rouge défilait, les ouvriers filaient droit, les dissidents filaient au Goulag.
De temps à autres, à Berlin en 1953, à Budapest en 1956, à Prague en mai 1968, les pédagogues hégéliens du Kremlin offraient aux ouvriers primitifs et aux étudiants rétifs, une leçon de chose dialectique sur la Marche en chenillettes inoxydables du char blindé de l’Histoire.
Et tant pis pour l’innocente pâquerette qui s’aventurerait à pousser sur ce lourd chemin pavé de bonnes intentions, et dépavé par les ouvriers désarmés et tous ceux que le ver immortel de la critique ronge.

Côté capitaliste, les succursales PC, à défaut d’abaisser le rideau de fer, élevaient un rideau de fumée, de fumées d’opium du peuple, enveloppant de volutes nirvaniques les galas des exploités en tenues de Grand Soir.
En cette nuit bourgeoise, levant leurs yeux du fond de la bolge, ils voyaient resplendir un ciel de lit orné de fleurs de rhétorique sur le prestige lointain (historiquement), mais si proche pourtant (géographiquement), du Socialisme Réel.
Sans doute les contremaîtres des toutes-puissantes Firmes Communistes à l‘ « Ouest », n’hésitaient pas à retourner leurs manches de pioche, pour mieux rentrer ce "Socialisme Réel" dans la caboche de leurs récalcitrants, et rectifiaient de temps en temps quelques grises mines trotskistes ou anarchistes à grands coups de barres à mine.
Mais enfin, d’une manière générale, l’éclat de la Patrie du Socialisme « réalisé » du grand frère Russe, nimbait les dirigeants du PCF d’une auréole sacrée.
On lisait pieusement l’Huma-Dimanche le jour du Seigneur, et les étudiants communistes intitulaient leur organe : Clarté .

Hélas, les meilleures choses ont une fin : adieu vive clarté de nos printemps de Prague  ! Un jour l’URSS exhala son âme communiste au Dieu des bourgeois.
En vérité, il faut le dire, ce régime dès sa naissance, était atteint d’un carcinome carcéral malin. Une monstrueuse tumeur avait fleuri sur le corps meurtri du premier État prolétarien (le premier et le seul régime ayant exproprié le Capital), jusqu’à le faire périr.
Parce que dans un organisme atteint d’un cancer soit c’est le cancer qui crève, soit le malade : ce fut le second pronostic qui se vérifia.
C’était couru ! Gangrenant dans un premier temps tout son tissus social, les riches métastases qui proliférèrent sur le corps du nouveau-né, prématuré et rendu exsangue par la guerre civile et les privations, gagnèrent à la fin tout son appareil collectif, atteignant son cerveau à Moscou-la-gâteuse, jusqu’à ce que son dur cœur ouvrier cesse un jour de battre et de vouloir.

Dans ce grand cadavre étendu à ciel ouvert, [1] aussitôt les vers se mirent au travail : les apparatchiks engraissés mués en oligarques se repurent de ses chairs décomposées, infectant tout à l’entour, putréfiant davantage, s’il se peut, le monde capitaliste, accélérant sa décomposition et précipitant sa métamorphose en une véritable vermine.
Les gangsters staliniens, qui dès le début des années trente établirent des rapports d’appropriation bourgeois sur la propriété collective ouvrière, c’est-à-dire qui s’empiffraient pendant que le « prolétariat au pouvoir » crevait de faim, réalisèrent à la fin des années quatre-vingt, leur Idéal, l’Être qu’ils étaient en puissance : des pillards mortifères, étrangers au peuple et à la patrie, qui finiront par abattre la propriété sociale elle même.
Cette essence les fixe en leur état définitif de parasites : dans l’impossibilité de devenir une vraie classe dirigeante, de restaurer jamais un capitalisme dynamique, de mettre au monde autre chose qu’un gigantesque avortement.
Ils se bornèrent à piller puis à vendre à l’encan aux plus riches, donc à l’impérialisme américain, toutes les richesses issues de la sueur du peuple russe, et sa substance même, son sang coagulé, ses filles .

La réaction « poutinienne » à ce processus plutonien ne fait que traduire d’une manière déformée, difractée, la résistance passive que des larges masses opposent à leur extermination. Elle a prouvé l’impuissance, provisoire, des oligarques maffieux à broyer jusqu’à la poussière finale tout le squelette de la Russie, à réussir ce que les nazis non plus n’avaient pas réussi. [2]
En attendant, vivant et pensant comme des porcs, moult de ces mafiosi, se dépouillèrent jusque de leur « identité » russe pour reprendre leur nationalité véritable d’avant la Révolution.

À suivre…

Félix Niesche

Notes

[1] Parler du monde actuel comme d’un cadavre en décomposition n’est pas simple facilité rhétorique. C’est une image, mais de celles qui servent à imaginer juste : l’ayant à l’esprit, on distingue mieux ce qu’on a sous les yeux, et toutes sortes de phénomènes, sinon passablement déroutants, deviennent intelligibles. Jaime Semprun

[2] À cette réserve près, qu’il existe une différence esthétique et morale entre le projet de transformer un grand pays en un vaste camp de concentration afin d’en piller les matières premières et celui d’en faire un immense lupanar.

 

 

 

 

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voir aussi:

Chronique marxienne -1- Aujourd’hui le PCF a 90 ans

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 19:05

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chers amis et camarades,


Aujourd’hui nous commémorons l’anniversaire d’un illustre vieillard : il ya 90 ans naissait le Parti Communiste Français, l’ex "Grand Parti de la classe ouvrière".
Fait curieux, les dirigeants qui président aux destinées funéraires du parti moribond ont tenus à fêter cet anniversaire place du colonel Fabien les 10 et 11 décembre .
Ainsi les habitants du XIXème ont pu voir, rassemblés autour de la soucoupe volante échouée, des sortes d’extra-terrestres, quelques authentiques autochtones, la plupart en état de marche et d’âge canonique.
Mais par Saint Vladimir pourquoi fêter cet anniversaire les 10 et 11 décembre, puisque le PCF naquit un 29 décembre, en 1920, lors du congrès de Tours, d’une scission dans la SFIO ?
Symptôme supplémentaire d’un irrémédiable Alzheimer ?
À moins que ce ne fût une de ces sempiternelles et sombres magouilles coutumières aux dirigeants de ce parti, pour brouiller les pistes, renier davantage la filiation, obscurcir les consciences.
Car, il faut le dire, les positions actuelles de la boutique en charge du label ont tellement peu à voir avec celles qui ont présidé à sa fondation.

Quoiqu’il en fut, "on" a tenu à préciser que ce ne serait surtout « pas une grand messe commémorative », parce qu’il faut parier sur un soi-disant : « renouveau », non sur le passé, mais sur l’avenir !
La gueule de l’avenir !
Quant au renouveau, il consiste visiblement à précipiter la dissolution des reliques du Parti dans un Front, surtout pas national, mais de Gôche, un Front qui aura le front d’appeler, glorieusement, avec toute la puissance de sa voix prolétaire, à voter pour le directeur du FMI, au second tour de con, en 2012 !
« À notre âge, on a un regard moins passionnel sur notre histoire, un regard plus serein et distant », a expliqué à l’AFP le type qui a pris récemment la tête du Parti.
La distanciation brechtienne probablement.
Tout à fait le contraire de la vision de Lénine, très strict sur les enseignements de l’Histoire, pour qui une analyse précise de tous les aspects, militaires, économiques, politiques, du passé pouvait seule permettre au révolutionnaire de bien saisir le temps présent.
Quant à la sérénité retrouvée, ne serait ce plutôt la sénilité ?
90 ans, le nouvel âge du stalinisme sénile !

Âge qui commence après la chute d’Umur, puis l’effondrement de l’Urss : à ce moment, qui l’eût Krur, beaucoup de dirigeants du PCF levèrent le masque.
Incapables de faire autre chose que servir un maître étranger, [1] il laissèrent à la fin choir toute espèce de défense des intérêts ouvriers et de l’intérêt national, pour devenir les sectateurs enragés des baptiseurs au sécateur d’une mondialisation arase d’où rien ne devait dépasser, frauduleusement assimilée à l’ internationalisme ancien.
Prônant avant toute autre considération l’Antiracisme, dernier avatar dégénéré de l’Antifascisme stalinien, et un humanitarisme visqueux au lieu de la dure lutte des classes, ils se placèrent comme domestiques à gages de l’Impérialisme quand il arbore sa pancarte mondialiste.
D’ailleurs beaucoup de dirigeants du P"C"F", imitant la plupart de leurs maîtres du Kremlin recyclés, très occupés à se trouver des grand’mères djuivantes pour mendier la nationalité Raélienne, se mirent plus franchement des petites soucoupes sur le crâne.

Division du travail oblige, pour l’achalandage des gogos restés cocos, il fallait garder en sous-traitance une boutique qui arborerait encore l’ancienne enseigne plus très lumineuse.
Là gît l’explication de cette survivance anachronique avec ses gardiens du Jardin de l’Éden communiste en jachère, ces dirigeants de pacotille : le gnome Hue et autre Buffet, armoire à linge sale du communisme irréparablement souillé.
Quant au nom du patron actuel de la boutique, c’est bien simple personne ne s‘en souvient jamais.
Mais la capacité de nuisance de ces nains de jardins ne doit pas être non plus mesurée à l’aune de leur stature. Ils conservent la haute main sur l’appareil dirigeant de la CGT qui, par exemple, vient d’obliger servilement le gouvernement du Fouquet’s sur la question des retraites, en dirigeant les travailleurs dans des voies de garages.

Mais pour ce qui concerne le PCF, sa décrépitude s’était déjà produite bien avant la Chute de l’URSS.
Il s’était définitivement déshonoré, ce qui lui vaudra un véritable effondrement électoral, [2]lorsqu’il participa au gouvernement du « tournant de la rigueur » initié par la Vieille Mitte prostatique. Ainsi le PCF a porté sa pierre à l’édifice de la « construction européenne ». Qui ne fut plus décriée comme l’« Europe capitaliste », l’« Europe des trusts ».
Il faut le rappeler : le NON communiste à Maastricht fut imposé par la base contre la direction !
Pour accomplir cette sale besogne il avalisèrent dès les années 80, l’évolution idéologique de la Gôche, renchérissant avec un pseudo antiracisme gauchiste, un féminisme bourgeois maquillé, un anti-antisémitisme artificiel et parfaitement sioniste. Ce n’est nullement un hasard si la loi la plus inique jamais votée sous les ors des palais de la Vème République, porte le nom du stalinien Gayssot.
À suivre...
Félix Niesche

Notes

[1] Le général de Gaulle aimait à répéter : « le PCF n’est pas à gauche, il est à l’Est ! »

[2] La classe ouvrière, qui ne lit pas Michéa, et qui ne s’enthousiasme pas pour l’ex-fouteballeur et néanmoins milliardaire Cantona, cette vieille classe ouvrière qui manifeste bêtement au lieu de faire des buzz sur la Toile, pratique la loi de la justice immanente.

 

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voir aussi:

Chroniques marxiennes -2-

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24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 18:21

     

Le Parti des Travailleurs, cette formation trotskiste dont le père fondateur était Pierre Boussel dit Lambert -photo avec Gluckstein-, bien connue pour ses méthodes d’entrisme (les taupes !), vient d’opérer une énième mutation : depuis ce week-end, il est devenu le Parti ouvrier indépendant, le POI !
Le congrès fondateur de cette nouvelle formation d’extrême-gauche, qui avait soutenu Gérard Schivardi à la présidentielle de 2007 (0,34 % des voix), s’est tenu à Paris.
« Pour le socialisme, la république et la démocratie »: tel était le slogan de cette formation qui revendique 10 071 « membres fondateurs », ont souligné dimanche à l’espace Charenton (XIIème) les orateurs du POI. Parmi eux, Gérard Schivardi et Daniel Gluckstein, président du PT, formation née en 1991 et faisant suite au MPPT (Mouvement pour un Parti des travailleurs).
Plus de mille personnes étaient présentes lors de cette assemblée.

D’après de nombreux spécialistes de l’extrême gauche, le courant lambertiste, bien qu’assez discret médiatiquement, est sans doute le plus important en nombre de militants et sympathisants. A noter que les trotskistes lambertistes ont été les seuls à l’extrême gauche à avoir toujours maintenu une hostilité bien marquée contre le projet de construction « européenne » depuis plus de 20 ans. Ils ont aussi fourni de nombreux cadres au Parti socialiste, comme Jean-Christophe Cambadelis (dit Costaud-Banane) ou Jean-Luc Mélenchon sans oublier Lionel Jospin. Depuis toujours, ils maintiennent des liens étroits avec la Libre pensée et les milieux de la franc-maçonnerie (Grand Orient).
Cette mutation intervient au moment où, du côté de la LCR (le frère ennemi), on tente de se fédérer avec nombre d’alter-mondialistes, syndicalistes et autres « anticapitalistes » de circonstance pour la formation d’un « nouveau parti anticapitaliste » en surfant sur l’effet médiatique généré par Olivier Besancenot, le facteur trotskiste des beaux quartiers.

 

 

 

 

NPI

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voir aussi:

 

Déclaration finale du congrès de fondation du Parti Ouvrier Indépendant [constitué le 15 juin 2008 à Paris] :

Au terme de deux jours de débats intenses et fraternels qui nous ont permis d’adopter un Manifeste de fondation et des statuts et d’élire un bureau national, nous 278 délégués, représentants 10 071 membres fondateurs, ayant dûment contribué au financement du congrès, nous proclamons :

le Parti ouvrier indépendant est fondé.

Sa devise est : Pour le socialisme, la République et la démocratie.

A nos frères et sœurs d’Irlande, nous adressons aujourd’hui notre salut le plus fraternel.

En votant non, le peuple d’Irlande a parlé au nom de tous les peuples et de toutes les nations d’Europe.

En votant non, le peuple d’Irlande a inscrit un pas supplémentaire sur la voie tracée avant lui par les votes hollandais et français balayant le traité constitutionnel de 2005. En votant non, au nom de tous les peuples d’Europe qui n’ont pas pu s’exprimer démocratiquement, les travailleurs et la jeunesse d’Irlande ont dit : « Non ! » à l’Union européenne qui détruit, délocalise, privatise et prétend transformer chacun de nos pays en un désert industriel , rural et même culturel livrant les richesses nationales à la spéculation effrénée des grandes multinationales et de nouveau potentats locaux.

En votant non, au nom de tous les peuples d’Europe, les travailleurs et la jeunesse d’Irlande ont ouvert la voie à l’Union libre des peuples et des républiques libres de toute l’Europe.

Notre parti est fondé à un moment décisif pour la lutte de tous les exploités et tous les opprimés.

- S’ouvrant le 1er juillet, la « présidence française » de l’UE va chercher à passer outre les conséquences du « non » irlandais. Déjà, Sarkozy et Merkel, au mépris de la démocratie, annoncent la poursuite du processus de ratification du Traité de Lisbonne, appuyés en ce sens par les dirigeants du Parti socialiste.

- Pendant ce temps, les marins-pêcheurs dont le mot d’ordre « Stop à la dictature européenne » résonnant comme un cri de ralliement pour toutes les catégories de travailleurs des villes et des campagnes, se heurtent – en France comme dans toute l’Europe – au refus intransigeant du gouvernement aux ordres de la BCE, de prendre des mesures d’urgence leur permettant de vivre de leur travail.

- Tandis que flambe la spéculation sur le pétrole, l’immense majorité de la population voit s’effondrer son pouvoir d’achat, tandis que la BCE, au nom de « lutte contre l’inflation », bloque les salaires et les revenus, quelques mois après avoir dilapidé des centaines de milliards d’ Euros dans le renflouement des spéculateurs.

- Et au même moment, alors que sa politique est partout combattue par la lutte des classes, le gouvernement prenant appui sur la « position commune » entre le gouvernement, le MEDEF et certains responsables syndicaux , prétend imposer une loi généralisant les « accords d’entreprises » dérogatoires aux conventions collectives et accords de branches,

Qui peut comprendre ? Qui peut accepter ?

A tous ceux qui comme nous disent « Oui à la démocratie, oui à la souveraineté des peuples de toute l’Europe », à tous ceux qui comme nous disent « Non à la dictature de l’Union européenne ! nous proposons de rassembler nos efforts !

A tous les travailleurs, militants, groupes et organisations en France et dans toute l’Europe, nous disons : la voie tracée par le vote historique du peuple irlandais aujourd’hui peut et doit être empruntée dans l’unité par tous les partisans de la démocratie.

A tous ceux qui sont prêts à se rassembler avec nous pour dire « Non à la dictature européenne ! Abrogation de Maastricht, Lisbonne, Amsterdam, Nice ! », à tous ceux qui sont prêts à dire avec nous « Oui à l’union libre et fraternelle de tous les peuples d’Europe ! », nous proposons d’agir en commun, maintenant, tout de suite.

Unité pour un référendum en France tout de suite,

pour dire « Non » au Traité de Lisbonne !

Notre parti se constitue pour l’unité des peuples, des travailleurs et des organisations contre l’arbitraire, contre l’injustice, pour la reconquête de la démocratie et la souveraineté.

Rejoignez

le Parti Ouvrier Indépendant !

 

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voir aussi:

Christophe Nick - Les trotskistes

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