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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 04:12

1989, le Mur de Berlin tombe. Et avec lui, une certaine conception des rapports politiques internationaux ; une forme de paresse intellectuelle, aussi : c’est qu’il était confortable, le monde d’avant, avec ses «gentils» et ses «méchants». Le problème est que la majeure partie du personnel politique français continue de fonctionner comme s’il ne s’était rien passé, coincés dans des schémas issus de la Guerre froide, et pareillement bloqués dans ceux de notre monde post-moderne, où la figure du méchant islamiste a opportunément remplacé celle du bolchevik, le coutelas coincé entre les dents. Où l’on s’alarme d’une «islamisation» de la France, certes réelle, mais néanmoins marginale, mise en regard à «l’américanisation» de ce même vieux pays ; elle aussi réelle, mais autrement plus massive. À la notoire exception de Jean-Marie Le Pen ; lequel, à cette occasion, a donné un sacré coup de vieux à ses adversaires et concurrents. C’est toujours le cas.

Le Mur de Berlin, donc. Et les tranquilles certitudes tombées avec. Avant, c’était facile : il suffisait d’être anticommuniste – et il fallait d’ailleurs du courage pour se revendiquer tel – et c’était souvent tout. Comme une sorte de pensée en creux, sachant qu’être contre tel ou tel – le communisme ou Le Pen – n’est pas plus un programme politique qu’une vision du monde. Et après, une fois que ce dernier a changé ? Après ? Vladimir Volkoff dans son ouvrage posthume, «La désinformation vue de l’Est» (Le Rocher), reconnaît : «Je n’ai pas changé de camp, je suis toujours reconnaissant aux États-Unis d’Amérique d’avoir été à peu près les seuls en Occident (avec, paradoxalement, l’Espagne franquiste et la Yougoslavie de Tito) à tenir tête au péril communiste soviétique et de nous avoir conduits à la victoire et je dirai à la libération du peuple russe, première victime du communisme. Simplement, les priorités ont changé.» Et le même de reconnaître : «Jusqu’en 1990, j’étais persuadé que l’expression «d’impérialisme américain» semblait sortir directement des bureaux de propagande soviétique. (…) Paradoxalement, c’est la chute de l’empire soviétique qui nous permet aujourd’hui de prendre conscience que la formule, pour sortie qu’elle soit peut-être de ses bureaux, n’en exprime pas moins une indéniable réalité.»

Ce n’est pas Le Pen qui a changé, mais le monde qui a bougé…

Ce qu’écrit Vladimir Volkoff, homme auquel on doit la création et la définition du vocable «désinformation», Jean-Marie Le Pen le met illico en œuvre dès 1990, avec le premier conflit «post-Guerre froide», celui du Golfe. Parce qu’il est le premier à comprendre que ce dernier ne correspond pas aux configurations précédentes. Logiquement, s’il s’en était tenu aux logiciels d’avant, s’il s’était, comme tant d’autres, débranché le cerveau, il aurait pu, ou dû applaudir à l’équipée américaine en Irak – les USA, pays allié, libéral, occidental, qui s’en va envahir un régime arabe, musulman et socialiste, anciennement terroriste et ami de Moscou, qui plus est : tous les ingrédients de la «croisade» en trompe l’œil y sont. Mais l’éternelle désinformation américaine, les provocations habituelles – couler un navire battant pavillon américain pour envahir Cuba, «laisser faire» à Pearl Harbor pour entrer en guerre contre le Japon, torpiller ses propres bateaux en baie du Tonkin pour justifier de l’intervention au Vietnam, après en avoir chassé les Français en finançant Ho Chi Minh, jouer la carte du FLN contre la France, puis celle du GIA contre l’État algérien – sont une nouvelle fois au rendez-vous et il est le seul à l’avoir compris. Le seul à avoir pressenti ce que révélera ensuite l’écrivain Pierre Salinger, ancien conseiller de John Fitzgerald Kennedy, dans son remarquable essai, cosigné avec Éric Laurent, «Guerre du Golfe» (Olivier Orban) ; c’est-à-dire, la manipulation américaine laissant à croire au président irakien Saddam Hussein qu’il peut, sans risque, envahir le Koweït, alors qu’il ne s’agit que d’un nouveau piège destiné à laisser les coudées franches aux USA pour contrôler les réserves pétrolières de la région.

On remarque qu’à cette occasion, Jean-Marie Le Pen, minoritaire en son propre bureau politique, alors plutôt tenté par le bellicisme atlantiste, fait passer la position officielle du Front national aux forceps. L’avenir lui donne raison. Peu de temps après, il fait preuve de la même lucidité dans la guerre civile embrasant l’ancienne Yougoslavie. Et là encore, toujours les mêmes vieux réflexes. Les Croates ont raison parce qu’ils sont catholiques. Les Serbes ont tort parce que suspectés de sympathie pour l’ancien régime communiste, fut-il non-aligné, talent politicien et rouerie de maquignon du défunt maréchal Tito obligent. Il faut en finir avec les «Serbolcheviks», alors donnés pour tels par un de ces journalistes de cette presse donnée pour être «amie», mais dont le calembour tient encore lieu de ligne politique – quitte à faire le lit de Bosniaques musulmans, à la fois téléguidés par la CIA et ces divers réseaux islamistes qui constitueront plus tard le noyau dur d’Al Qaïda.

Rejoint par Régis Debray et Dominique de Villepin

Là encore, Jean-Marie Le Pen voit que les anciens clivages n’ont plus lieu d’être et que le rôle de la France et de l’Europe ne saurait consister à servir de supplétifs à une Amérique qui ne tarde pas à s’implanter dans les Balkans, tout en instrumentalisant le terrorisme islamiste, là en Bosnie, mais, plus tard, au Kosovo et en Tchétchénie, ce qui lui permet, dans la foulée d’impunément bombarder les populations chrétiennes de Serbie et de clouer la Russie au pilori. Jean-Marie Le Pen proteste. Il est bien l’un des seuls, avec Jean-Pierre Chevènement et Régis Debray. De fait, il proteste si bien et si fort que lors de la seconde Guerre du Golfe, Jacques Chirac et Dominique de Villepin en arrivent à camper sur ses positions. Ce faisant, ce n’est pas forcément la géopolitique lepéniste qu’ils rallient enfin, mais seulement l’ancestrale politique française, dans la tradition du Quai d’Orsay, pétrie de culture gaullo-bainvillienne avec laquelle ils renouent enfin. Si si, le général de Gaulle, dont la politique étrangère consista toujours à tenir la France équidistante des deux blocs, américains et soviétique. Et Jacques Bainville, royaliste d’Action française et fin observateur des affaires internationales. Pareillement, alors que toute la puissance de feu médiatique des USA, laquelle n’est plus aujourd’hui contrecarrée par son homologue soviétique, nous vend un fumeux «Choc des civilisations», théorie toute droite issue des officines de la CIA, avec la «fin de l’histoire» qui va avec, Jean-Marie Le Pen tient bon. Refuse de diaboliser la sainte Russie de Vladimir Poutine, vient au secours de l’Iran chiite de Mahmoud Ahmadinejad, du Vénézuela d’Hugo Chavez ; bref, persiste à ne pas plier le genou devant la nouvelle pensée binaire qu’on entend nous imposer, d’outre-Atlantique, consistant à dresser chrétiens contre musulmans tout en faisant semblant de défendre les Israéliens, de pousser à la guerre les Européens contre les Perses et les Arabes, et à écraser ces derniers Sud-Américains dont le seul crime consiste à vouloir se soustraire à une tutelle yankee remontant maintenant à plus de deux siècles, la fameuse doctrine Monroe. C’est parce qu’il a lutté, bien seul parfois, contre le totalitarisme soviétique que Jean-Marie Le Pen n’est pas le moins bien placé pour lutter contre son actuel avatar : ce mondialisme battant pavillon de complaisance anglo-saxon ; ce qui est assez logique pour un «Occident» sans frontières, lequel n’ayant rien à voir, en essence comme en substance, avec notre vieille maison européenne, n’est jamais rien d’autre qu’une nouvelle «invincible armada» au service d’une république de marchands. Laquelle a évidemment beau jeu de brandir la menace d’un autre totalitarisme présumé, l’islamisme. Mais qui bombarde qui ? Qui occupe qui ? Qui opprime qui ? Sont-ce les USA qui sont envahis ou l’Irak, pays ayant perdu plus d’un million de ses femmes, de ses vieillards et de ses enfants, pour cause d’un embargo inique et dicté par le nouvel empire étatsunien ? De même, est-ce la Maison blanche qui dicte sa politique intérieure à des pays tels que le Maroc, l’Égypte, la Jordanie ou le contraire ? Qui, de la puissante Amérique ou de l’Iran, déjà victime de sanctions économiques qui étranglent peu à peu son économie, se propose d’atomiser l’autre, au prétexte que la première aurait droit à la puissance nucléaire et pas la seconde ? Ce sont également les Américains qui occupent les lieux saints d’Arabie Saoudite. Et pas d’hypothétiques régiments musulmans qui campent au Vatican… Pour finir, c’est Washington qui tente d’étrangler Moscou et pas l’inverse.

Homme d’État plutôt que chef de bande

Et dire que cette nouvelle donne géopolitique continue d’être par certains analysée à l’aune des rapports de force issus de la Guerre froide… Quand un Bernard Antony, pour ne citer que lui, persiste à voir en Hugo Chavez un tyranneau marxiste, tandis que Jean-Marie Le Pen persiste à le tenir pour un patriote vénézuélien, cela ne signifie pas forcément que l’un ait tort et que l’autre raison ; mais simplement que l’un vit dans le réel, alors que pour l’autre, les compteurs sont depuis longtemps bloqués. La très respectable association «Chrétienté Solidarité», fondée par Bernard Antony, a ainsi pour objet social de défendre les chrétiens, où qu’ils soient, fort bien ; mais cela relève plus, là, du domaine de l’ONG que de celui de la politique. Pareillement, faire reproche à Jean-Marie Le Pen, lors de son dernier voyage au Liban, d’avoir pris langue avec le Hezbollah, procède de la même confusion intellectuelle. Parce qu’au pays du Cèdre, l’heure n’est plus à l’affrontement entre «gentils» chrétiens» et «méchants» musulmans – pour qui connaît mieux l’affaire, cela n’a d’ailleurs jamais été le cas –, «bons patriotes libanais» et «affreux Palestiniens de l’OLP», jadis un peu financés par l’URSS ; mais à d’autres lignes de force et de convergence. Celles de l’alliance entre musulmans chiites et chrétiens maronites, qui préfèrent encore s’arranger avec la Syrie et l’Iran que de se faire dicter leur conduite par les USA. Cela aussi, Jean-Marie Le Pen l’a compris avant les autres. A compris aussi que la France ne pouvait plus continuer à ne soutenir que les assassins des camps de Sabra et de Chatila. A compris que s’il faut bien, un jour ou l’autre, arriver avec des idées simples dans un Orient complexe, au moins faut-il s’y rendre en homme d’État et non point en chef de bande. Ce d’autant plus que là-bas, des bandes et des clans, ils n’en manquent pas et que ce n’est pas forcément rendre service à ce petit pays d’y exporter ses propres petites querelles.

Pourquoi tout cela ? Sans parler à sa place, on écrira juste que Jean-Marie Le Pen a peut-être voyagé et vécu plus que d’autres. Que lors de ses pérégrinations plus ou moins officielles, il a rencontré nombre de ses homologues, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition ; soit des personnes issus des milieux politiques les plus divers, aux opinions pas forcément compatibles au premier regard, mais qui ont tous au moins ceci de commun : la défense de leurs peuples respectifs. Ainsi, lorsque Jean-Marie Le Pen se lie d’amitié, à la fin des années quatre-vingt-dix, avec l’ancien Premier ministre turc, Necmettin Erbakan, dirigeant du mouvement islamiste Refah, désormais dissous, ensuite reconstitué par son actuel successeur Recep Erdogan, le patriote turc Erbakan s’adresse au patriote Le Pen pour lui dire que si la Turquie a vocation à être partenaire privilégié de la France – c’était déjà vrai du temps de François 1er –, elle n’a nullement celle d’intégrer l’Europe, même si la Maison blanche déploie, en la matière, de surhumains efforts.

Ces «amis» américains qui soutiennent l’Europe, telle la corde le pendu…

Cette apparente contradiction – les USA se veulent croisés de la lutte mondiale et «chrétienne» contre l’islam de combat –, tout en voulant intégrer de force, la Turquie au substrat européen, pays qui serait alors, étant le plus peuplé d’Europe, celui qui dominerait, de fait, les institutions de Bruxelles et de Strasbourg – n’est compréhensible qu’à deux conditions. La première consiste à ne pas oublier les visées stratégiques américaines remontant à l’immédiate après Seconde guerre mondiale : la Turquie, première armée de l’OTAN, alliée, jusqu’alors, plus ou moins inconditionnelle d’Israël, est l’un des fondements de la main mise américaine en notre «Mare Nostrum». La seconde n’est intelligible que si l’on conçoit que depuis qu’ils existent, les USA ont toujours manigancé contre l’Europe, ce monde catholique pour lequel ils n’éprouvent que mépris. À ce titre, on accuse souvent les Européens de se défier de l’Amérique ; mais il serait bon qu’un jour, ces Américains se justifient de leur anti-européisme de toujours…

D’ici là, les lignes ont continué de bouger, mais avec une immuable constance. Jouer de l’islamisme turc contre ce qui demeure de catholicisme européen. Jouer avec le feu, aussi : flatter les Kurdes d’Irak et leur pétrole tout en les empêchant de revendiquer leur légitime indépendance, en Irak, en Turquie, comme en Iran, autre vieille nation qu’ils s’apprêtent à atomiser, sous prétexte d’une nouvelle «Guerre sainte», pour simplement mieux s’accaparer leurs ressources énergétiques, tel que c’est en train de se faire, certes, maladroitement, en cet Irak qu’ils ont précédemment armé pour l’envoyer mener, avec le succès que l’on sait, la guerre au pays des mollahs. Des mollahs qui, rappelons-le, ont été poussés au pouvoir par les USA contre le Shah d’Iran. Les amis de la puissante Amérique ne servent plus dès lors qu’ils cessent de la servir. La liste est longue de ces idiots utiles. Cette éternelle politique visant, pour les USA, à mieux diviser pour mieux régner, Jean-Marie Le Pen aura donc été pionnier en la mettant en lumière, lui qui aime à dire que là où il y a du pétrole, il n’est pas besoin de creuser bien profond pour trouver de l’Américain.

Contre Le Pen, la coalition des zozos…

Saluons le courage de l’homme ; presque seul contre tous, une fois de plus. Seul face à cette coalition inédite, dans laquelle cohabitent les lambeaux d’une extrême droite décidément toujours en retard d’au moins trois guerres, ce Bloc identitaire par exemple, qui fait dire à Alain Sanders, du quotidien catholique «Présent» : «Attaquer les États-Unis aujourd’hui c’est tout simplement, consciemment ou inconsciemment, se faire les complices de l’islam. Je suis, sur ce plan-là, entièrement, complètement, intégralement en phase avec Maurice G. Dantec. Et avec les néo-conservateurs, et les New Born Christians américains. L’Amérique reste le dernier bastion de souveraineté – et d’identité – occidentale et je crois à l’importance stratégique du royaume d’Israël dans la lutte contre l’Antéchrist coranique.» Feuille de route que confirme l’essayiste Bernard-Henri Lévy dans les colonnes du «Nouvel Observateur» : «L’anti-américanisme est une métaphore de l’antisémitisme…» Mais que le Pape Benoît XVI ait fermement condamné les théories des néo-conservateurs américains, refusant, au passage, de recevoir Condoleezza Rice, secrétaire d’État à la Défense de la Maison blanche, ne paraît pas les troubler plus que ça. À cet équipage inédit, il est encore possible d’atteler d’autres comiques troupiers : Philippe de Villiers, qui accuse Jean-Marie Le Pen de complaisance vis-à-vis de l’islam, et Jacques Bompard qui lui fait grief de bazarder les «fondamentaux du Front national». Comme tout cela est sérieux. Le maire d’Orange qui fait le rabatteur pour le MPF, pendant que le patron du Disneyland vendéen tapine pour l’UMP : ils sont où, les «fondamentaux» ?

Ces fondamentaux géopolitiques, c’est fatalement qu’on les retrouve à l’échelon national. Car là aussi, les choses ont changé. L’immigration que l’on a connue dans les années quatre-vingt n’est plus celle que nous subissons aujourd’hui. Le Front national, alors sociologiquement classé à droite, est devenu, depuis l’élection présidentielle de 1995, le premier parti ouvrier de France ; soit un mouvement dont l’assise électorale a glissé à gauche, alors que nombre d’électeurs bobos, tendance «libérale libertaire» sont désormais attirés par un Sarkozy ou un Bayrou, ayant au passage, attiré dans leur sillage, un nombre considérable d’idiots utiles de droite ayant voté, en 2007, pour l’actuel squatter de l’Élysée, néo-conservateur à la française et raciste en cravate. Ce qui signifie aussi que de continuer à agiter l’épouvantail du «socialo-communisme» relève aujourd’hui du simple mantra.

Si l’Algérie était restée française…

Dans la foulée, venons-en à la fameuse «beurette» sur l’affiche de Marine Le Pen. À ce titre, il est pour le moins baroque de voir des gens ayant fait leurs premières armes de jeunesse dans les rangs de l’Algérie française venir ronchonner parce qu’aujourd’hui, certains Français sont plus bronzés que d’autres. Car s’ils avaient gagné, si l’OAS avait emporté, ce ne serait pas deux millions d’immigrés d’origine algérienne que nous aurions aujourd’hui en France, mais près de quarante millions de Français à part entière. À cela, ils répondent souvent : «Oui, mais avec nous, ils seraient restés chez eux !» Tiens donc. L’Algérie française étant, les Algériens (devenus Français) auraient été interdits de séjour en France, tandis que les Français (Algériens de fait) auraient pu aller s’installer à leur guise en Algérie. Et non de quoi ? Du fait que chez eux, cela aurait chez nous, mais que chez nous, cela n’aurait jamais été chez eux… Et s’il avait fallu un jour tous les virer, où l’aurait-on fait ? En France ? Ou en Algérie ? Tout cela ne tient guère debout. À propos de l’islam. Les mêmes nous assurent : «On les aurait convertis au christianisme !» Et comment, peut-on savoir ? À grands coups de bâtons sur la tête ? Ou, en leur expliquant ceci, peut-être : «Désolé, vieux, qu’on occupe ton pays et que tu doives te soumettre à nos lois, ça ne suffit toujours pas. Maintenant, il faut que tu épouses la religion de l’envahisseur ! Et ne vas pas te plaindre, vu qu’on t’a construit des ponts et des routes…»

Cette «Beurette», qui, d’ailleurs, n’en est pas une, il s’agit juste d’une Française du lointain, représente cette part d’histoire française que fut la colonisation, initiée, rappelons-le, par des républicains de gauche, avant d’être perdue, dans un assez remarquable baroud d’honneur, par des patriotes de droite. D’autres commentateurs, pas toujours bien intentionnés, même s’ils prétendent faire le bonheur et la réussite d’un Front national qu’ils auront, le plus souvent, passé leur vie à trahir ou à poignarder, évoquent la «soralisation» de Jean-Marie Le Pen et la «gauchisation» de son mouvement, toujours au nom de ces mêmes «fondamentaux». Encore une polémique pour les enfants. Alain Soral, même s’il est l’un des essayistes les plus brillants du moment – lisez «Misères du désir» (Blanche) pour vous en convaincre –, n’est pas «le» conseiller de Jean-Marie Le Pen, mais l’une des multiples personnes que le président du Front national a depuis toujours coutume de consulter avant de prendre, seul, une décision. Alain Soral est de gauche ? Oui, c’est vrai. Mais à tout prendre, il vaudra toujours mieux un gauchiste patriote qu’un homme de droite mondialiste. Et puis, pour ceux qui ont quelque mémoire, ce n’est ni le premier, et encore moins le dernier gauchiste à avoir rallié le Front national. Durant la scission mégrétiste, il y en avait déjà plein, au Front national. Ils sont tous demeurés fidèles à la personne de Jean-Marie Le Pen, alors que la majeure partie des «Versaillais» trahissait. D’ailleurs, le Front national, même si un temps, s’est revendiqué de l’étiquette de «droite sociale», il n’a jamais véritablement été un mouvement de droite, s’agissant juste d’un terme crânement brandi parce que d’autres l’avaient abandonné dans le caniveau. Ni gauche, ni droite ? Non, car pour être plus précis, le Front national a toujours été à la fois de gauche «et» de droite. Français, Européen, aussi. On a connu feuille de route plus vilaine… Et capitaine plus incompétent, surtout.

Nicolas GAUTHIER
Journaliste et écrivain

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